Le texte ci-après a été compilé à partir d’un manuscrit conservé à la bibliothèque de la Société du Protestantisme Français. Il s’agit d’un journal tenu par une jeune femme originaire de Metz, Susanne Madelaine MORISOT, réfugiée à Hanau près de Francfort sur le Main en 1749. Ce journal rapporte des événements qu’a vécus la narratrice mais également des événements qui ont concerné sa famille dont sa mère et ses arrière-arrière grands parents.
Dans cette première partie sont évoqués la Révocation de l’Edit de Nantes, les dragonnades survenues à Metz à partir du 29 août 1686 et le traitement infligé au cadavre de Susanne LE GENTILHOMME.
Le récit est celui de Susanne BAUDESSON, née en 1677, fille de Susanne LE GENTILHOMME et arrière grand mère de Susanne Madelaine MORISOT.
J’étais âgée de 7 ans lorsque l’édit fut révoqué : on ferma nos églises. Mon père était diacre et mon grand père ancien ; ils avaient une grande fabrique de peluche unie et façonnée pour chaises, ils fabriquaient aussi des draps pour habits d’hommes et pour rideaux, ils avaient 200 ouvriers qui travaillaient sur métier, tant ceux qui travaillaient dans sa maison où était sa fabrique que ceux qui étaient mariés et qui travaillaient sur leur propre métier dans leur maison sans les fileurs et fileuses. On envoyait chez chaque réformé avec une patente du roi qui était une abjuration de la religion réformée où l’on prétendait que chaque réformé le signât d’abord sans réplique et se rangeait à l’instant à la religion catholique romaine sans qu’on exigeât qu’on fut instruit dans celle-ci, ce que chaque réformé refusa.
(Metz appartenait autrefois à l’Empire et était une ville impériale. Les magistrats étaient des 2 religions. Après la prise par la France, on leur laissa leurs droits, maisons mais on ne leur laissa à Metz qu’une église et une à la ladrerie proche de la ville mais on continua à prendre des réformés en charges publiques).
Les nobles mêmes ne furent pas exempts des mêmes menaces disant à chacun que si demain il ne signait pas il aurait l’exécution. On revint le lendemain et à tous ceux qui refusaient de signer on leur laissa un dragon en exécution de sorte que cette triste époque est nommée la dragonnade. On donna démission à ceux qui étaient en charge. Personne ne se montrait en public dans la crainte qu’on avait d’un bruit que, si on n’obéissait pas aux ordres du roi, dans une nuit on massacrerait tous les huguenots.
Mon grand-père refusa comme tous les autres. On lui laissa un dragon ensuite 2 et puis 3 et on continuait pendant 12 jours où on leur laissa par jour un dragon jusqu’à ce qu’ils en eurent 12 à discrétion sans une pièce d’argent qu’on était obligé de leur mettre sous leur assiette. Ils avaient tant bu le jour qu’ils étaient multipliés jusqu’à 12, qu’ils prétendirent que ma grand mère leur donnât des ortolans rôtis à manger. Elle leur représenta qu’il n’y en avait point à Metz mais seulement à la table des rois. « Mais je vous promets demain un bon diner et la cave ouverte ».
Les soldats : « Nous en contenterons et si vous nous faites même promener avec des flambeaux par la ville ». Ce qui fut fait. Le lendemain, la grand mère alla à la cour de sa maison, ses appartements étant occupés par les dragons. Elle s’assit sur la première marche et s’endormit de lassitude. Les 12 dragons vinrent danser.
L’un lui dit « viens danser avec nous, vieille huguenote, tu nous as fait un si bon diner et le vin était si bon qu’il nous fait tous danser ». Il la prit si fort qu’il lui enfonça 2 côtes. Elle fit un cri et tomba. Le grand père accourut, la transporta sur un lit où elle souffrait extraordinairement, fit venir le médecin et un chirurgien. Elle avait 2 côtes cassées. Le grand père porta plainte, la justice vint et questionna le médecin qui déclara : « Elle est âgée et d’une complexion délicate, elle n’en reviendra pas ». Le lendemain, on vint de la part du Parlement lever l’exécution mais on interdit au grand père de rester auprès de sa femme. On lui donne derrière la maison quelque appartement avec ses 6 enfants dont l’aîné était marié (1). On mit un soldat à la porte de l’appartement de la grand mère pour éviter que les siens ne viennent. On lui donna une femme catholique pour la servir et le prêtre venait plusieurs fois par jour pour la persécuter. Quelqu’un du Parlement venait aussi tous les jours lui faire la lecture de l’ordre du roi. Elle refusa à chaque fois de signer. Elle demanda de pouvoir embrasser les siens car elle sentait sa fin proche. Le lendemain, l’exempt revint lui lire l’ordre pour la faire signer mais elle refusa, voulut revoir sa famille.
L’exempt dit « Si vous mourez dans la RPR, on mettra vos enfants et votre mari à la porte, le scellé sera mis sur tous vos biens puis mis en vente ensuite votre bien sera partagé depuis les cendres du feu jusqu’à vos joyaux et la moitié sera confisqué au profit du roi. Votre corps sera mis au cachot jusqu’à ce que le bourreau vienne pour le trainer par la ville, on vous refusera la sépulture et votre corps sera jeté à la voirie où il sera mangé par les corbeaux ».
La grand mère dit « Ah, quelle sentence pire qu’à un malfaiteur ».
Le prêtre qui était toujours là à la lecture lui dit « Madame Bodson au nom de Dieu ayez pitié de vous-même et de votre famille, changez vite de religion, donnez gloire à Dieu, aux saints, à la Ste Vierge et donnez moi la main ».
La grand mère répondit « Je donnerai gloire à Dieu en lui restant fidèle et gardant la foi que j’ai en lui et en Jésus Christ mais je ne changerai pas de religion ».
Le prêtre dit « Considérez l’affront fait à votre corps ».
La grand mère répondit : « N’importe, il ne s’en sentira pas ». Elle demanda à sa famille de venir car sentait sa fin proche. Ils arrivèrent avec défense de parler de la religion ou de la bible.
La grand mère dit « Je vais vous quitter pour ce monde, les derniers moments sont chers, je m’en vais à mon Dieu, j’ai eu beaucoup à combattre le bon combat, j’ai gardé ma foi et j’espère obtenir la couronne qui a été réservée à ceux qui ont été fidèles jusqu’à la fin ». Elle pria son mari de se consoler, elle pria Dieu de le soutenir. Elle mit ses mains ensembles et tourna la tête vers la muraille et mourut quelques heures après sans rien dire (2). Son mari et les enfants furent reconduits dans leur appartement. On vint lui annoncer la sentence prononcée contre sa défunte épouse, on le mit à la porte avec ses 5 enfants non mariés dont une qui était aveugle, on ferma la fabrique, mit des scellés partout. Le grand père se retira chez son fils marié. Il tenta de faire détourner l’arrêt. En vain. On lui permit de mettre 3 chemises, l’une dessus l’autre comme aussi 3 cornettes ou coiffures pour garantir la tête. Le bourreau alla au cachot, coucha le corps sur un S de fer où il fut attaché à des crampons mais la tête passait le S, qui fut attelé à un cheval, les pieds du corps contre ceux du cheval. Le cheval est mené par le bourreau. La tête du corps heurtait sur chaque pierre. Le spectacle révolta tous ceux qui le voyaient, même les catholiques. Les spectateurs versaient des larmes car elle était reconnue pour être très digne. Elle fut traînée jusqu’en voirie où on laissa son corps. Le grand père obtint l’autorisation 8 jours après de prendre le corps. Il acheta une place dans un jardin, fit creuser une fosse et alla en cachette avec aide et un cercueil chercher le corps mort qu’il fit enterrer.
Tous les biens furent vendus. Un grand nombre d’habitants allèrent au Parlement prier qu’une pareille cruauté n’arrivât plus car ces procédés pourraient attirer la colère de Dieu. Le Parlement écrivit à la Cour à ce sujet. Trois corps subirent ce traitement : le premier celui d’un cordonnier (3), le deuxième un conseiller du Parlement (4) et le troisième la grand mère Bodson. Le premier corps ne fit aucune impression car l’esprit du public était enflammé de rage et de vengeance, encouragé par le clergé. Il fallait faire envisager pour criminels ceux qui professaient la religion réformée, qui pourraient nuire au clergé qui ne peut souffrir que des personnes éclairées ayant connaissance de livres sacrées, ayant en vue d’entretenir l’ignorance parmi les peuples jusqu’à les rendre idiots, qu’ils ajoutent foi aux plus grandes impossibilités lesquelles ils leur font accroître provenant des anciens préjugés des siècles observés où on inventa les fables des saints que l’on créa alors et desquels ils font des reliques et où ils ont inventé des indulgences au dépend de ceux qui les achetaient pour l’absolution de leurs péchés commis ou à commettre, et où on forgea le purgatoire où ils terminent le temps de sortie des âmes qui y sont retenues jusqu’à ce que les vivants aient assez fait dire de messes pour les en délivrer.
Le grand père avait beaucoup de courage, son affaire avait été très florissante mais il refusait de fabriquer à nouveau. « Laissez moi le temps de rassembler mes esprits et de sortir de l’inaction ». Il reprit plus tard un négoce en drap d’Elbeuf et de Liège pour habits d’hommes. Au moment où il faisait venir un chariot de marchandises, un faux bruit courut que la peste était dans les contrées d’où venait le chariot. On fit mener le chariot au bord de la Moselle et on l’alluma. Ce fut un coup de foudre pour le grand père.
Deux soeurs catholiques lui vinrent en aide l’année suivante. Cette année fut si abondante en vin qu’on donna du vin pour avoir des tonneaux. Les demoiselles conseillèrent au grand père d’acheter du vin, de le mettre en cave. Elles avancèrent 20 000 livres. Il refusa au début, disant qu’il ne pourrait jamais rembourser si le malheur continuait. Les soeurs lui dirent « Vous nous rendrez au bout de 4 ans, si cela n’a pas été bien, nous vous en faisons présent, nous sommes assez riches sans enfant ». Le grand père accepta. Il fit une forte spéculation en vin. L’année suivante, la récolte fut médiocre mais le vin ne se rehaussa guère car la garnison resta petite, les caves étant pleines. L’année suivante connut la disette en vin, la garnison fut augmentée, le prix du vin augmenta extraordinairement. Le grand père vendit son vin et gagna 100 %. Il rendit les 20 000 livres aux 2 soeurs. Le grand père put alors vivre correctement avec ses enfants. Il mourut quelques années après à un âge avancé.
Autre récit de la même époque
Mme Jassoy (5), l’épouse du grand père du mari de Susanne Morisot, était en couches quand les dragons arrivèrent. Ils voulaient le meilleur lit, ils arrachèrent la femme du lit où elle était en couches, ils la pressèrent si durement au sein qu’ils occasionnèrent un si grand mal qu’elle en eut un cancer dont elle mourut un an après (6).
notes
Généalogie simplifiée de la famille BAUDESSON (tous les actes célébrés à Metz sauf mention contraire)
Les personnes indiquées « en gras » sont celles mentionnées dans le journal.
Jean BAUDESSON ° 25/12/1609 (+ Cassel (Hesse) 7/6/1697, 87 ans), drapier, fils d’Abraham, marchand drapier
x 27/11/1633 Susanne LE GENTILHOMME ° 15/2/1612 + 4/12/1686
10 enfants dont :
1 Susanne ° 22/11/1636 + 1716, aveugle, célibataire
2 Anne ° 2/8/1639 x 12/3/1656 Jérémie VERT, marchand
3 Paul ° 18/5/1641 + 29/4/1678, drapier, x 17/5/1665 Judith GUIOT, 6 enfants dont :
3.0 Elie °27/9/1672 + Halle (Saxe) 10/4/1692, apprenti d’étoffe de soie
3.1 Judith ° 17/10/1666 x 9/5/1683 Louis ROUCEL, apothicaire, réfugiés à Berlin
4 Elisabeth ° 29/1/1644 x 18/11/1680 Jean PASQUIN, menuisier
5 Jean ° 26/3/1649 + 4/6/1684, drapier, x 29/12/1669 Ester DES MEULLES + 21/4/1712, 10 enfants dont :
5.0 Susanne °30/12/1671 + avant 1721
5.1 Jean °2/1/1676,marchand x paroisse Ste Croix 8/5/1703 Anne DEDON dont postérité
5.2 Paul °14/8/167 , capitaine au régiment d’Alsace, x paroisse St Victor 16/2/1712 Marguerite LA DRAGUE, sp
5.3 Ester ° 15/6/1681 x par. St Gorgon 2/10/1703 Pierre ROBERT ANNIBAL
6 David °17/9/1652, drapier, x (1) 3/12/1673 Anne BRACONNIER + 19/10/1678
x (2) 2/2/1681 Susanne MONTAIGU + 17/6/1689
x (3) paroisse St Maximin 15/7/1691 Marie PERIN
6.0 Anne ° 28/8/1678 abjure. 21/11/1700, x par.St Eucaire 21/11/1700 Jean François BEAUJEAN
6.1 Marie ° 6/3/1683 + 9/11/1731 x par. St Livier 25/7/1707 Jean BECOEUR
6.2 Rachel ° 3/7/1685 x par.Ste Croix 14/9/1720 Pierre DE BORIAC
6.3 Susanne ° 12/7/1677 x (Cm) 5/8/1697 Jean JACOB, marchand, fils d’Abraham,sellier
6.3.0 Jean ° par.St Simplice 16/11/1708, orfèvre installé à Londres, x (1) Londres, chapelle de Spring Garden 17/7/1734 Pauline VERRE,
x (2) id 25/12/1739 Anne COURTAULT
6.3.0.0 Magelaine Susanne ° Londres par.St Martin in the Fields 31/7/1735
6.3.0.1 Denis ° Londres par.St Martin in the Fields 7/7/1736 x Londres, même paroisse 27/9/1761 Anne BOYVEAU
6.3.0.1.0 Dennis ° Londres par.St Martin in the Fields 13/8/1772
6.3.0.2 Anne ° Londres par. St Martin in the Fields 18/7/1737 x id. 4/7/1762 Jonas EMERY
6.3.0.3 Ester ° Londres par.St Martin in the Fields 1/8/1745
6.3.1 Anne Elisabeth ° par.St Simplice 1/8/1704
6.3.2 Charlotte ° par. St Simplice 5/12/1710
6.3.3 Susanne ° ca 1709 + Hanau (Hesse) 27/11/1753
x par. St Simplice 7/9/1734 Jean MORISOT, linger,° par.St Simplice 12/12/1692 + Hanau 5/7/1759
( Jean MORISOT x (1) par.St Simplice 3/4/1731 (Cm 10/10/1725), après abjuration le 20/2/1731, Susanne ZAMBA + 18/8/1733, sp)
6.3.3.0 Jean Paul ° paroisse St Simplice 3/10/1735 + Hanau 26/11/1763, marchand
x (1) Rondorf 12/1/1758 Marie PICHON, x (2) Hanau 15/12/1760 Jeanne Marie HAUCHARD, 4 enfants morts jeunes
6.3.3.1 Anne ° paroisse St Simplice 12/5/1741 x Hanau 25/2/1760 Charles MANTEL
6.3.3.2 Susanne Madelaine ° paroisse St Simplice 2/1/1739 + Hanau 22/2/1782
x Hanau 30/8/1756 Simon JASSOY, ont 16 enfants dont :
6.3.3.2.0 Jean ° Hanau 5/10/1757, docteur en médecine, dont postérité en Allemagne et aux USA
6.3.3.2.1 Etienne ° Hanau 26/11/1758, dont postérité
6.3.3.2.2 Charles Simon ° Hanau 2/7/1766, bijoutier, dont postérité
6.3.3.2.3 Susanne Marie ° Hanau 10/1/1760 + Hanau 24/7/1823
x Hanau 9/3/1794 Isaac Frédéric SCHMIDT, enfants dont Jean, pasteur à Sterbfritz
Dans cette deuxième partie Susanne JACOB, mère de Susanne Madelaine MORISOT, raconte les évènements qu’elle a vécu pendant son enfermement pendant deux ans dans le couvent de la Maison de la Propagation de la Foi. Susanne JACOB narre ces événements à sa fille quelque temps avant la fuite à l’étranger de la famille en 1749.
Susanne Jacob s’adresse à sa fille "Connais-tu les archers ?". La jeune fille se rappelle alors les vilains oiseaux qui sont toujours aux trousses des protestants quand ils vont les jours de Pâques à Loudveiller (1) à la communion. Susanne Jacob dit "Quand tu les verras entrer chez nous, cours à la cachette et quand j’appellerai "lolotte, madlon, ne réponds pas. Les archers fouilleront la maison pour te chercher car on te menace de te mettre au couvent par lettre de cachet comme on m'y a mise. Je vais te raconter ce qui s'est passé. Par serment, j'ai promis sur ma vie de ne rien dire. Le jour où tu entreras au couvent, tu seras perdue pour nous. Si tu n'as pas l'esprit de te savoir rendre dangereuse aux religieuses, tu n'en sortiras pas sans miracle et tu sais qu'il s'en fait pas depuis le temps des apôtres. Car tout ce que ces catholiques romains racontent de leur prétendus miracles, de leurs saints et saintes, sont tout autant d'inventions humaines et par conséquent autant de mensonges qui servent à enrichir le clergé et à entretenir l'ignorance de la populace qui croit aux prétendus miracles autant qu'à l'évangile. Si on te mettait au couvent, il ne resterait plus rien que d'être bien rusée, de bien épier les religieuses et de faire voir aux pensionnaires tous leurs vices. Ainsi elles te trouveront dangereuse et chercheront à se défaire de toi comme pour moi ».
Note : l’histoire est racontée sous forme de scènes et de dialogues entre les différents personnages.
Scènes 1 et 2 : L’arrestation de Susanne Jacob
Au bas du Pont Chailli en Taison, 6 archers munis d’un papier se dirigent vers le logis d’un marchand épicier. Ils frappent à la porte de Mme Jacob et cherchent sa fille Susanne pour l’emmener au couvent.
Mme Jacob dit que sa fille n’est pas là. Les archers fouillent la maison. On entend deux voix (deux des filles) qui se lamentent sur le sort de leur Soeur Susette. Finalement, Madame Jacob avoue que sa fille dîne chez Mr Simon, conseiller au Parlement. Les archers hésitent à intervenir et donnent un délai de grâce de 24 h.
Mr et Mme Simon, leur fille et Susanne Jacob sont rassemblés dans une pièce de leur maison. Mr Simon est oncle par alliance. Susanne Jacob croit qu’elle va être enfermée à cause du curé parce que sa mère est la seule contre laquelle on peut faire quelque chose car une de ses soeurs est estropiée et l’autre trop jeune. Le curé a porté plainte à l’évêché, accuse Madame Jacob de présider des assemblées de réformés où elle fait chanter des psaumes, réciter des prières ; donc elle est suspecte. Pour l’humilier, le moyen est de mettre sa fille aînée au couvent.
Mr Simon dit qu’il essaiera d’en apprendre plus. Les archers arrivent. Mr Simon demande un délai pour aller voir le président du Parlement. L’archer montre la lettre de cachet. Le conseiller Simon ne peut rien faire. Les archers entraînent Susanne Jacob dans une chaise à porteur. Elle se défend vigoureusement en vain. Elle est conduite au couvent.
Scène 3 : l’arrivée au couvent
Susanne Jacob est accueillie par Soeur Elisabeth (prosélyte mise au couvent à l’âge de 12 ans). Susanne Jacob lui jette des paroles de mépris (renégate, idolâtre,.... ). Soeur Correctrice lui enjoint de se taire, la menace. Soeur Elisabeth essaie d’adoucir ses paroles. Susanne Jacob, restée seule, se lamente puis reprend courage. Dix autres pensionnaires entrent, chantent et lui accrochent ses manches :
Huguenot maudit ! que tu es misérable d’avoir quitté ton Dieu pour servir le diable.
Il faudrait cent mille fagots pour brûler tous les huguenots
Soeur Correctrice et Soeur Elisabeth entrent avec des livres (une vie des Saints, un catéchisme).Susanne Jacob les jette à terre. Soeur Correctrice et Suzanne Jacob sortent. Soeur Elisabeth, seule, se repent d’avoir été idolâtre. Soeur Correctrice revient et dit qu’elle a enfermé Susanne Jacob sur la tour, au pain et à l’eau. Soeur Elisabeth confie ses états d’âme. Soeur Correctrice veut aller parler à l’abbesse de cela.
Scène 4 : rencontre de Susanne Jacob et de son frère.
La scène : une rue et une partie du mur du couvent. Dans le mur à hauteur de 12 pieds rez de chaussée, une ouverture carrée en long, traversée par un barreau de fer. On voit la moitié d’un visage. C’est Susanne Jacob.
Jean Jacob, son frère, est apprenti chez messieurs Perrin, orfèvres (plus tard réfugiés à Hanau). Il fait souvent un détour pour voir sa soeur. Elle lui dit qu’elle est depuis un mois au pain et à l’eau, elle est sortie il y a 8 jours, elle porte les mêmes habits qu’elle avait en entrant (de couleur isabelle) et qu’on ne veut pas lui en donner d’autres. Elle voudrait que Mr Simon intervienne pour qu’elle puisse recevoir sa pacotille, des pruneaux, des saints-chrétiens, des mirabelles et des pommes sèches. Elle veut aussi une lettre de sa mère.
Un passant a tout entendu et décide de dénoncer Jean Jacob. Au moment où Susanne Jacob tend les lettres à son frère, des commissaires arrivent. Jean Jacob se sauve. Il est rattrapé, on le menace de la question.
Soeur Correctrice accourt vers la porte de la muraille quand Susanne Jacob veut sortir. Elle l’accuse de correspondance avec des hommes, veut les lettres qu’elle a reçues. Susanne Jacob montre son mouchoir et dit que c’était son frère et qu’il n’y avait pas de mal à ça.
Scène 5 : comparution de Jean Jacob devant l’évêque.
Une séance à l’évêché avec Mr Simon. L’évêque dit que Jean Jacob est passible des galères pour tentative d’enlèvement. Mr Simon dit que Jean Jacob est trop jeune, trop fluet pour faire cela. Jean Jacob comparait devant eux. Il s’explique : il passait derrière le couvent; il eut une nécessité ; il entendit la voix de sa soeur; il lui parla ; il retourna chez sa mère qui lui interdit de revoir sa soeur. Jean Jacob est depuis huit jours au pain sec et à l’eau. On fait sortir Jean Jacob et fait entrer le commissaire. On interroge le passant. On interroge à nouveau Jean Jacob Il dit que le trou a 1 pied de haut et ½ pied de large et un barreau et est 2 ou 3 pieds plus élevé que le garçon de terre. Le passant reconnaît la chose. L’évêque envoie son secrétaire vérifier les choses, voir s’il y a des échelles de corde,..... Le secrétaire revient et confirme : le trou sert à sortir les exhalaisons des commodités du couvent. Il n’a pas trouvé de lettres et d’échelles.
L’évêque rend sa sentence :
Jean Jacob sera gardé en prison jusqu’au départ du prochain chariot de poste pour Paris ou Lyon (il peut choisir); il restera au dernier poste jusqu’à ce qu’il trouve un maître. Il permet à Messieurs Perrin de le recommander à un de leur confrère.
Jean Jacob accepte la sentence et baise la main de l’évêque. Le passant est réprimandé pour sa calomnie. Le commissaire est réprimandé aussi. Mr Simon intervient auprès de l’évêque pour que le commissaire ne soit pas puni.
Scène 6 : la punition de Susanne Jacob
Soeur Correctrice emmène Susanne Jacob à la porte de la tour et lui ordonne de baiser les 60 marches comme pénitence. Susanne Jacob, de retour, se moque en claquant des doigts comme un grenadier. Elle reçoit une nouvelle punition : elle doit marquer du bout de la langue les bonnes marches qu’elle vient de baiser. Deux pensionnaires sont peinées de ce spectacle et regrettent leur attitude précédente (quand elles ont chanté).
Susanne Jacob est seule dans sa chambre. Elle a soif. Son coeur regorge de vengeance et de haine. Elle se plaint de son sort. Elle se rappelle les débuts de sa présence dans le couvent.
Au début, elle souffrit l'emprisonnement, eut faim et soif, elle était en risée et méprisée. Les pensionnaires l'insultaient, la chagrinaient, la turlupinaient et quand elle se plaignait à la Soeur Correctrice, celle-ci se moquait "quel dommage de se rire d'une huguenote, avouez que c'est un grand crime avec un front froncé, changez de religion et nous vous aimerons tous". La jeune fille se vengea de la première qui la tourmenta (une petite, la plus criarde de toutes) en lui donnant un soufflet sur la joue. Pour cela elle fut punie de dîner 3 jours avec les chiens. En présence de tout le monde, on mit sa portion sur une assiette à terre à coté d'un plat rempli de mangeaille pour les chiens. On se mit à table. La Soeur correctrice s’exclama "vos nouveaux hôtes vont entrer, vous pourrez vous asseoir à coté d'eux à terre et dîner avec eux, ils sont très honnêtes et fort sobres, et si votre portion ne vous suffit pas, ils vous céderont de la leur ». Sur ce, les chiens entrèrent et avalèrent la portion de la jeune fille. Tout le monde rit. Le troisième jour, elle était très faible, n'avait rien mangé. Elle chercha dans les coins s'il n'y avait pas quelque croûton.
Par la suite, elle décida d'agir différemment en se rendant utile. Elle promit d'aider les pensionnaires qui viendraient la chagriner, leur réparer leur faute dans leurs ouvrages. Idem pour la Soeur correctrice : elle la prévient de petits services, va au devant de ses volontés, lit dans ses yeux ses désirs pour les effectuer au moment qu'elle les prononce. Dans les heures de vacances, elle va aider Soeur ménagère, Soeur cuisinière, Soeur Servante, Soeur Galopin et même elle caresse les chiens.
Scène 7 : décès d’une religieuse.
Quand il y avait des malades, elle les soulageait. Il mourut une religieuse la première année où Susanne Jacob était au couvent. Elle assista la religieuse pendant sa maladie. On lui dit, comme elle était à l'agonie, de lui tâter le pouls et d'observer quand il remonterait. Elle se mit à la ruelle du lit pour lui tenir le bras. Il y avait plusieurs religieuses dans la chambre, la jeune fille derrière le lit ne pouvait pas être observée par celles qui entraient. La mère abbesse entra avec émotion et dit "Pensez-vous ce qui vient d'arriver, l'abbé Brayer vient de mourir; il n'a pas souffert qu'on lui donne l’extrême onction ni qu'on lui dise les litanies de la sainte vierge ni des saints. Il est mort en désespéré ce fameux persécuteur qui en a tant gagné. Il n'en a guère manqué de ceux qu'il entreprenait à convertir. On dit qu'il s'est à la fin laissé pervertir d'eux car il est mort comme un huguenot. » A ces paroles, les religieuses firent signe que la jeune fille était présente. Elle s'en aperçut, les avertit que le pouls remontait et la religieuse rendit l'âme.
Scène 8 : un an après, rencontre avec deux nouvelles pensionnaires.
La scène se passe dans une chambre d’audience : Soeur Correctrice, plusieurs religieuses et 2 demoiselles de condition (nouvelles pensionnaires Mlle Du Buis et Mlle Dugré, d’ancienne noblesse, cousines, qui étaient sur le point de se faire enlever par 2 officiers). Elles sont accueillies. Par manque de place, elles seront logées avec Susanne Jacob.
Les 2 demoiselles sortent. Soeur Correctrice entre avec Susanne Jacob et lui dit que s’il y a des plaintes, elle ira loger à la tour.
Les 3 filles se rencontrent et sympathisent. Les deux demoiselles disent qu’elles seraient mieux dans les bras de leurs amants. Elles pleurent car elles croient qu’elles en ont pour 10 ans. Soeur Correctrice emmène les demoiselles dans leur appartement. Susanne Jacob est contente d’avoir 2 confidentes qui haïssent le couvent. Elle prépare son plan : elle épiera les Soeurs dont Soeur Correctrice qui lui fait tricoter de nuit des gants pour le frère confesseur. Elle décide de devenir hypocrite, de cacher ses sentiments. Elle décide de se venger des Soeurs en les faisant enrager sans être soupçonnée.
Scène 9 : l’affaire du bouillon
Susanne Jacob dit aux deux demoiselles nobles "Après un an, je n'ai pas encore mangé une bonne soupe au bouillon car après 11 h on ôte la plus grande partie du bouillon, on remplace par de belle et bonne eau claire tout ce qu'on en a ôté et cela fait ensuite notre soupe ». Mlle Dubuis dit "Nous aurons demain le bon bouillon". La jeune fille leur dit son plan. Elle fait 3 ba()cules de bois, grille à la chandelle un peu de graisse conservée du dîner, l'attache au trébuche par une épingle, le pose sous les 3 pots et attrape ainsi 5 souris. Elle leur tord le cou et les attache ensemble. Elle va de bon matin au lieu accoutumé, coupe les pattes, le museau et la queue avec son ciseau, vide les souris et les enveloppe dans un papier séparément puis dans sa poche. Elle va à la cuisine et quand la Soeur cuisinière a le dos tourné, elle glisse les souris dans le bouilli. Elle retourne vers 11 h à la cuisine. La Soeur cuisinière prend une cuillère de bouillon et remarque des poils. Susanne Jacob confirme et leur suggère de puiser à fond. Elle en retire un papier et voit plusieurs petits os, quelques petites caudes de poils.
La cuisinière s’exclame "Jésus Marie Joseph, qu'est ce qu'il y a dans mon bouillon". Soeur Ménagère et Soeur Servante arrivent et voient la scène. Susanne Jacob leur suggère de vider le bouillon dans la grande terrine et d'examiner le fond du pot. Elles voient des os, du papier, des poils, des morceaux de peau. "Jésus Marie Joseph, quelle fatalité, quel guignon, que ferons nous ?"
Soeur Cuisinière dit : "Mon bon grand pot de bouillon, il doit être comme une huile, j'y ai mis toute la moelle que j'avais"
Soeur Ménagère dit "Il faudra jeter ce bouillon, ce sera un nid de chauve souris qui y sera tombé de la cheminée, qui voudrait manger cette soupe ?".
Susanne Jacob dit "ce serait dommage, passez plutôt votre bouillon par une serviette et faites en une soupe pour les pensionnaires, je serai la première qui en mangera".
Soeur Cuisinière répond "Mais si les chauve souris sont envenimées et qu'elles en deviennent malades ". Susanne Jacob "Faites en un essai avec moi, quand vous l'aurez passé, donnez-moi en une assiette à boire et d’ici à midi vous verrez l'effet qu'il fera ".
Soeur Cuisinière "Soit, mais pour nos religieuses?".
Susanne Jacob "Faites leur une bonne soupe au vin ou quelque autre soupe maigre, je promets de ne rien dire à condition d'avoir double portion".
Soeur Cuisinière " D'accord".
Elle eut ainsi bonne portion. Les 2 demoiselles lui glissèrent la leur.
Elles dirent "Mais à l'avenir ne vous rassasiez plus à nos dépens car je sens que la soupe me manque. Chez nous, nous avions de reste mais ici on ne nous laisse pas surcharger l'estomac".
Scène 10 : le confesseur et les religieuses
Susanne Jacob a connaissance des intrigues des religieuses avec frère Confesseur. Elles avaient rendez-vous avec lui dans une petit chambre cachée. Quand ils étaient en affaire, Soeur correctrice restait à l'école, quand c'était un rendez-vous, elle sortait sous prétexte et confiait la place à Susanne Jacob qui sortait aussi sous prétexte. C'est là qu'elle les vit dans les soirées se réchauffer sans feu.
Un dimanche matin, il devait tenir la grand messe; il vint plus tôt mettre son surplis. Soeur correctrice alla le joindre dans son cabinet. Susanne Jacob regarda par le trou de serrure. Elle la vit sur le giron de frère confesseur qui l'embrassait lui tenant un discours bien doux "cet après midi, j'aurai les vêpres où je ferai un discours sur l'amour que nous devons aux saints, mais attribuez-vous cet amour de laquelle je parlerai car c'est vous que j'ai en vue, c'est l'amour que j'ai pour vous qui enflammera mon zèle".
Un jour, Soeur Correctrice entre dans la pièce où se tient Susanne Jacob. Elle lui permet de nouveaux habits, lui demande de distraire les demoiselles au jardin dont elle lui remet les clefs.
Frère Confesseur arrive, baise tendrement la main de Soeur Correctrice, en lui disant « Je vole, je cours, ma chère, dans vos bras, n’est ce pas j’ai bien tardé ». Il dit qu’il a rencontré les 3 jolies demoiselles.
Il demande à Soeur Correctrice si elle viendra au rendez-vous cette nuit à 2 h du matin avec lui et frère Jean. Elle répond que Soeur Ursule et elle viendront à la petite porte. Frère Confesseur demande un baiser. Soeur Correctrice dit que Soeur Ménagère a les clefs, que Mme duGré, tante des demoiselles, viendra ce soir pour faire les derniers arrangements. Ils sortent.
Les 3 demoiselles entrent alors dans la pièce, les souliers à la main. Susanne Jacob fait des cabrioles; elles rient (de rires étouffés); elles se tiraillent ; elles répètent ce qu’elles ont entendu. Mlle Dugré dit « Ah la jolie matrone, n’a t’elle pas 30 ans, elle s’amuse à la bagatelle et nous qui avons que 17 ans, on trouve à redire que nous aimons ».
Soeur Correctrice arrive. Les demoiselles font semblant de parler; elles expliquent qu’elles ont joué et sortent. Soeur Correctrice a des doutes. Soeur Ursule arrive, elles reparlent du rendez-vous ; elles pensent qu’il n’y a pas de risque car les pensionnaires sont fatiguées.
La scène : la cour du couvent; nuit clair de lune; on voit le bout d’une galerie et de temps en temps apparaissent les 3 demoiselles couvertes d’un drap. De dessous la galerie sort Soeur Ménagère avec les clefs. Elle traverse la cour, va vers la porte et revient. Soeur Correctrice et Soeur Ursule vont aussi vers la porte. Elles entendent « Elles s’en vont » (c’est Susanne Jacob qui parle). Elles continuent d’avancer. Une nouvelle fois elles entendent la même chose. Elles se retirent alors dans la galerie, tremblantes. Elles cherchent rapidement. Une troisième fois une voix se fait entendre, différente cette fois. Elles traversent vite et sortent du couvent. Soeur Ménagère parait avec les clefs. Les 3 jeunes filles se mettent à l’ombre contre la muraille. Soeur Ménagère a peur, tremble, prend son chapelet, fait signe de la Croix, marmonne une prière pour chasser les revenants puis s’assoupit.
Un peu plus tard on heurte à la porte. Soeur Ménagère entrebâille la porte. Un homme parle « Comptez vos brebis, il y en a 2 qui manquent ». Soeur Ménagère se demande qui c’est ce malotru; elle a peur qu’il les dénonce aux commissaires ; elle a peur d’être punie. Si elles sont attrapées, elles seront emmurées pour le reste de leurs jours.
Soeur Ménagère « Maudit argent, vil intérêt, dans quelles transes me mets-tu. Tu m’as éblouie. Ha, chien d’argent ».
On entend heurter à la porte. Soeur Ménagère va vers la porte « Ha, les voici, je les reconnais à leur démarche ». Elle ouvre, les 2 religieuses entrent, la porte se ferme.
Soeur Ursule dit « Soutenez-moi, je n’en puis plus; ma frayeur est extrême ».
Soeur Correctrice « ne s’est-il rien passé dans le couvent ?».
Soeur Ménagère « Rien, que vous est-il arrivé ? »
Soeur Correctrice « En mettant les pieds hors de la porte, nous vîmes un homme venir à nous. Nous tentâmes de s’éloigner. En vain, il nous suivait. Nous parvinrent à passer la petite porte ».
Soeur Ménagère raconte qu’une demi-heure après la sortie des 2 Soeurs, un homme frappa à la porte (elle raconte ce qui est arrivé). Soeur Ursule pense que les ayant vues entrer par la petite porte, il est venu avertir le couvent. Les 2 Soeurs regrettent leur sortie. Elles ne le feront plus.
A ce moment les 3 demoiselles quittent la galerie. Les Soeurs entendent du bruit. Elles croient que c’est le revenant qui les suit.
Scène 11 : « le miracle »
Le lendemain matin, Soeur Correctrice veut raconter à Frère Confesseur ce qui s’est passé de peur qu’il ne soit fâché de la nuit passée. Elle n’a pas dormi de la nuit et a un gros mal de tête. Elle rencontre Susanne Jacob et lui dit d’aller aux vêpres avec les 2 demoiselles
Susanne Jacob veut montrer maintenant aux deux demoiselles les Soeurs qui sont au nombre des bêtes, c’est à dire les bigotes qui croient que les âmes du purgatoire ont des intelligences avec les âmes vivantes, qu’elles ont le pouvoir de demander des messes pour la délivrance de leurs âmes.
Soeur Marie marche un livre et un chapelet à la main. Elle marmonne quelques mots inintelligibles. Susanne Jacob met son tablier à l’envers et devance Soeur Marie par une autre porte. On entend crier « A l’aide, venez, vous verrez une âme du purgatoire (elle a cru voir l’âme de sa mère). Soeur Marie raconte aux demoiselles la vie de sa mère. Puis elle s’en va en continuant de crier « Miracle, Miracle ».
Scène 12 : histoires de nourriture
Soeur Servante, après avoir puisé de l’eau, s’assoit sur un bloc en revenant. Elle doit porter un morceau de tourte aux mirabelles à Soeur Abbesse. Elle l’oublie en se levant. Susanne Jacob coupe un morceau et le distribue aux demoiselles.
Soeur Servante découvre qu’il manque un morceau. Elle et Soeur Ménagère décident de dire que c’est le chien de la Mère Abbesse (qui s’appelle Mignon) qui l’a mangé.
Les 3 demoiselles viennent de terminer de manger leur tourte. Susanne Jacob pense que le « miracle » d’aujourd’hui sera enregistré dans les annales, que la Soeur sera un jour mise au rang de saintes et qu’un petit morceau des ses os guérira de la fièvre ou garantira de la peste ou préservera de la colique, de ne pas se noyer en tombant dans l’eau ou le grand préservatif que les soldats portent sur eux quand ils vont en guerre pour faire passer les belles par-dessus eux.
Susanne Jacob veut aussi déguster les raisins qui poussent dans le couvent et les poulets qui y sont élevés. Pour cela, une nuit, elle les pique à l’aide d’une aiguille puis les étouffe et les dispose en rond.
Le lendemain, dans la cour. Soeur Ménagère constate que les poulets sont morts en un grand rond par terre, la tête sous les ailes, le coq étant au milieu du rond. Elle pense qu’il y a un sortilège. Susanne Jacob suggère d’aller chercher les 2 demoiselles car elles sont de la campagne. Elles disent que les poulets sont morts étouffés, tués par une martre. Comme on ne peut les donner à manger aux soeurs, Susanne Jacob propose de les donner aux pensionnaires sans le dire aux Soeurs. Soeur Ménagère est d’accord.
Plus tard, Susanne Jacob vole des mirabelles destinées à la mère abbesse.
Soeur Ménagère et Soeur Correctrice constatent que le raisin a disparu. Elles veulent une enquête sur tous ces événements.
Scène 13 : la punition
Les 3 demoiselles sont convoquées devant le grand consistoire.
Une salle et 3 tabourets. La supérieure demande aux demoiselles de s’asseoir, leur expliquant qu’elles vont présider la séance. Elles refusent car ne se sentent pas dignes. La supérieure leur ordonne à nouveau. Elles obéissent. Alors la supérieure s’étonne de leur audace de s’être assises en sa présence. Elle leur ordonne de se mettre à genou, les bras en Croix, une Soeur derrière chacune avec une verge à la main avec ordre de les frapper si elles baissent leurs bras. La supérieure les accuse d’avoir comploté la nuit dernière, de les avoir épiées dans leurs secrets, leurs jugements, leurs punitions ( elle fait référence à la nuit où Soeur Elisabeth a été fouettée par les autres Soeurs parce qu’elle s’est plainte à l’évêque). Elle n’est pas étonnée de la conduite de la vilaine huguenote (« pareille race de vipère ») mais elle l’est concernant les 2 demoiselles nobles.
Elle condamne Susanne Jacob au pain et à l’eau pour un mois et les 2 demoiselles aux arrêts.
Scène 14 : la libération.
Un mois après, la supérieure assise à une table avec une bible ouverte devant elle, les religieuses autour d’elle. Les 3 demoiselles paraissent. Elles prêtent serment sur la bible de ne jamais rien raconter ce qui s’est passé, de louer les Soeurs, de louer le règlement, de ne dissuader personne d’y entrer.
Alors les 2 demoiselles seront reconduites chez elles et Susanne Jacob sera placée chez sa tante Simon. En sortant, les 3 demoiselles baisent la main de la supérieure.
La supérieure seule. Elle est contente que le problème ait été traité à temps. Elle souhaite ne plus jamais avoir des huguenots. Elle en a eu 4 :
Les 3 demoiselles font leur adieu à Soeur Elisabeth qui n’est pas encore remise de sa punition.
Note : Soeur Correctrice fut transférée au bout d’un an dans un autre couvent pour sa mauvaise conduite.
Une fois sortie du couvent de la Propagation de la Foi, Susanne Jacob est placée chez Mme Simon, sa tante par alliance, femme de Mr Simon, conseiller au parlement. Il lui est interdit de voir sa mère et sa soeur. Elle fait passer un message qu'elle profiterait des nuits pour les embrasser car elle était sortie du couvent, ce qui arriva souvent. Le même soir, Madame Jacob vient voir sa fille car elle a appris qu'elle était sortie. Elle tremblait sachant qu'on ne sort pas du couvent sans avoir changé. Quelle joie de se revoir. Elle demande si elle a changé. Susanne Jacob répond qu'elle est restée fidèle à sa religion, qu'elles ne pourraient pas se voir en public, elle viendra les voir et ses soeurs la nuit. Elle est ici pour achever sa conversion. Elle doit aller à l'église. Elle obéira un certain temps jusqu'à ce qu'on ne l'observe plus. Elle demande des nouvelles de son frère, on lui a dit qu'il était à Paris. Sa mère dit qu'il est à Londres. Il est entré dans une boutique d'orfèvre à Paris. Une milady est venue faire des emplettes ; il porta l'argenterie à son domicile. Elle le questionna, s'il était né à Paris, sa religion, s'il souhaitait venir à Londres. Il dit oui. Ils y allèrent. Il fut mis chez Mr ..., orfèvre réfugié, veuf, avec une fille unique qu'il épousa tellement qu'il s'était bien conduit. Sa mère lui promet de lui montrer ses lettres.
Un peu plus tard, Susanne Jacob rencontra son futur mari. Mr Morisot, veuf, sans enfant, marchand en drap demeurant sous les arcades de la place d'armes en face de St Simplice s'enquit chez la veuve Jacob si sa fille était toujours RPR (alors il voulait bien l'épouser) ou bien si on l'avait forcée à changer de religion. La mère dit non mais dit que cela doit rester secret. Susanne Jacob accepta. Il était réformé, avait vécu 8 ans avec son épouse, 2 enfants morts à la naissance. Il avait un très bon négoce. Ils se marièrent à St Simplice selon la loi à laquelle les réformés doivent se soumettre. Madame Jacob vint s'installer chez eux avec ses 2 filles. Ils eurent 6 enfants dont 3 morts en bas âge.
Anecdotes sur l'abbé Brayer
Il a fait casser le mariage Morisot avec sa première épouse célébré à Bischwiller (2). Morisot avait commencé à ouvrir une boutique. La semaine après on lui ferme, met en prison les 2 époux éloignés l'un de l'autre jusqu'à se faire instruire par leur curé. Ils étaient 4 pères de famille à aller à l'instruction. Morisot pose une question au curé "Mais comment peut-il être possible que vous qui avez obtenu de votre infaillible pape le pouvoir de faire descendre Jésus Christ le fils unique de Dieu quand il vous plaît à toute heure et en cent mille lieues à la fois à l'élévation d'une hostie, comment est-il possible qu'un tel homme muni d'un tel pouvoir puisse tomber dans un péché mortel encore bien moins y mourir et aller droit en enfer, éloigné pour toute éternité de celui sur lequel il avait tant de pouvoir ?". Le curé l'interrompt, lui disant qu'il n'a pas fait attention et qu'il doit sortir. Le curé va tout de suite chez l'abbé Brayer, qui lui dit qu'il est une bête d'avoir entrepris des personnes d'esprit, que l'homme est trop dangereux, que le curé devait cesser ses instructions quelque temps et de plus faire venir Morisot.
Il y avait une jeune veuve demeurant dans le voisinage. Il l'oblige de venir à sa controverse. D'abord il ne peut pas la gagner à cause qu'il n'osait employer la force car elle était riche et qu'elle avait des amis et parents d'un rang élevé. Elle obtient d'eux d'être dispensée. L'abbé est piqué au vif, n'aime pas perdre sa renommée acquise car il est question de controverse. Quand on demandait chez qui ? Quand on répondait "chez l'abbé", on disait "il n'échappera pas". Les catholiques disaient "il est des nôtres". Il n'entreprenait personne sans être bien informé sur l'ignorance, le manque d'établissement, la jeunesse, l'avarice, le manque de fortune, l'indigence, .... Il savait tout mettre à profit, promettait tout, avait beaucoup d'esprit. Il s'était fait une loi de purger Metz des huguenots. Il peut s'attribuer d'avoir plus perverti qu'à la révocation de l'édit ou à la dragonnade. Car la force qu'on employa alors ne fit qu'aigrir les esprits et fit peupler la Prusse, l’Allemagne, la Hollande, l'Angleterre, la Suisse où on trouve partout des colonies françaises et des manufactures, des fabriques, des sciences, des richesses, ce qui fit une forte saignée à la France. L'abbé apprend qu'une voisine avait été l’amie d'enfance de la veuve, avait été à l'école ensembles. Il entreprend la voisine de convertir son amie. Il lui promet que si elle réussissait, elle ne ferait que passer au purgatoire pas plus de 24 h, que l'oeuvre méritoire lui faisait dès à présent préparer une place au ciel, que son passage au purgatoire serait pour la purifier et non pour y pâtir pour les péchés, et qu'elle épargnerait beaucoup à ses enfants qui n'auraient pas besoin de faire lire des messes pour faire sortir son âme du purgatoire. La voisine se met en action, persuade la jeune veuve d'aller avec elle à la fête de la Ste Croix. De retour, la veuve pleure, se reproche d'avoir hésité, fait des reproches à sa voisine et la renvoie, la traitant d'idolâtre, de séductrice. La voisine fait son rapport à l'abbé. Il lui reproche d'avoir fait la bêtise d'avoir amener la veuve à cette fête " les huguenots appellent les catholiques idolâtres car ils adorent une Croix". Le curé renvoie la voisine. La veuve fait rentrer ses argents et se réfugie en Allemagne.
Notes
Cette troisième partie du journal de Susanne Morisot relate la fuite de la famille et les raisons qui l’ont provoquée. Les événements se déroulent en 1749. Les termes et expressions sont ceux utilisés dans le journal à l’exception des titres qui ont été ajoutés.
La vie quotidienne à Metz
La famille Morisot avait à souffrir de la religion car un méchant curé forçait les enfants (1 garçon et 2 filles) à aller à l'école catholique. Ce méchant curé dut s'enfuir car il avait engrossé sa servante et accusé le marguillier par 2 témoins payés qu'il avait absout par avance de leur faux serment. L'un deux se confessa 1 an après; le prêtre lui dit qu'il ne pouvait pas l'absoudre s'il ne se dénonçait pas ; l'autre témoin fut convoqué et avoua. Le curé s'enfuit alors. Le nouveau curé ne fit pas mieux ; il était colérique, emporté, absolu de ses volontés, zélé catholique; il obligeait les enfants d'aller à l'école catholique et à la messe. La soeur aînée Morisot avait dix ans. Le maître d'école enseignait les garçons, et sa femme les filles. Le maître dit qu'on devait s'agenouiller devant l'image de la Ste vierge et des saints et saintes en lisant des litanies.
Le fils Morisot dit "ce n'est pas vrai, il est défendu dans l'écriture de s'agenouiller devant la créature, Apocalypse chapitre 12 verset 8 et (..)."
Le maître se mit en colère "comment, tu me donnes le démenti, tu sentiras mon bras, malheureux huguenot".
Le frère monta sur la banc puis sur la table, se débattit avec les autres garçons et s'enfuit au logis. Il dit à sa mère d'aller secourir sa soeur. Le maître voulut s'en prendre à la soeur, la prit par le devant de son corps de baleine, se tourna plusieurs fois avec elle, la laissa aller ; elle tomba de la tête contre une armoire et resta en défaillance. La mère arriva, se débattit avec le maître, ramena sa fille au logis et porta plainte. Les enfants furent mis à une autre école. Le fils fut mis aux jésuites en Alsace et la fille à l'école de la paroisse afin d'être instruite et confirmée. Tous les dimanches, une des filles venait la chercher pour aller à la grand messe. Elle restait jusqu'à ce que celui qui jetait l'eau bénite avant le service l'avait vue. Après, elle faisait semblant d'avoir quelque nécessité et s'esquivait quand on ne la retenait pas car il y a partout du faux zèle.
On lui disait "ne veux tu pas encore t'esquiver, petite huguenote ".
Elle restait, se mettait à genoux tout le service (sur les conseils de sa mère) afin de ne pas se mettre à genoux au moment que tout le monde s'y met quand le prêtre lève l'hostie, pour ne pas commettre l'idolâtrie. On n'observa pas cette ruse car dans une église catholique on voit des personnes assises et debout et à genoux, ces dernières le font pour réciter leur chapelet.
La maîtresse d'école était bigote, voulait faire apprendre à la jeune fille le catéchisme, les litanies et des formulaires de confession sans lui dire ce qu'elle voulait. La jeune fille ne voulait pas apprendre. Elle était punie chaque jour. Sa mère lui dit d'apprendre, qu'elle pourra oublier plus tard.
En janvier 1749 se produisit un événement qui fut à l’origine de la fuite. En allant à l'école avec sa soeur, Susanne Morisot passa le long des arcades place d'armes jour de marché aux grains à 100 pas de chez eux. Sur la place il y avait un cochon tué (les cochons sont tués à la rue devant la porte des particuliers qui les ont achetés car il y a peu de cour dans les maisons). Le cochon était couché sur 2 bûches non sciées, entouré de paille (les cochons tués en hiver ne sont pas échaudés par manque de place). Les 4 coins furent mis en feu, faisant un petit feu d'artifice qui divertit les écoliers. Les 2 soeurs regardaient. L'enterreur de la paroisse pris la Susanne Morisot par le bras et voulut l'emmener chez le curé :
" Monsieur le curé vous demande, venez avec moi, il vous donnera des dragées".
La jeune fille répondit "Laissez moi, je vais à l'école, je ne veux pas de dragées".
L'enterreur la tint fermement "je te tiens ferme,petite huguenote".
La jeune fille refusa malgré plusieurs sollicitations. Elle lui tapa dans les jambes. Les flots qui tiennent la fausse manche de mouillons au corps de baleine s’ouvrirent en partie. Elle put retirer sa main Elle s'enfuit et se cacha sous un mulet qui avait un sac de blé sur le dos. Le maitre du mulet lui dit de ne pas rester car c'était dangereux (le mulet était méchant). Le paysan la protégea de l'enterreur en la prenant par le col. Elle partit par un chemin qui évitait l'église (elle n'osait pas retourner au logis car elle habitait en face de l'église). Elle fut poursuivie par une bande d'écoliers des jésuites emmenés par le fils de l'enterreur. Elle se réfugia chez un ferblantier ; elle sauta par accident dans un pot de charbon allumé. Le ferblantier la retira et la reconnut. Il la protégea des écoliers qui entraient dans la boutique. Il prit le fils de l'enterreur par les cheveux, le souffleta, fit chasser les autres par son ouvrier. Après 2 quartiers de chemin elle fut arrêtée par une vieille laideronne en haillon qui la connaissait. La jeune fille voulut que la vieille envoie un message à son père qu'il vienne la chercher mais la vieille voulut l'emmener chez le curé qui lui donnera des dragées; la fille donna un coup de poing et fit lâcher prise la vieille qui la tenait par le tablier. Elle courut, traversa un convoi de chariot de foin et s'affala épuisée dans sa chambre à l'école des filles. Son père arriva. Entendant la voix, elle se leva du fauteuil mais par faiblesse tomba sur ses pieds. Elle le prit par les jambes, le serra de toutes ses forces et pleura. Le père la prit sur ses genoux, l'embrassa. Il décida de la ramener par un autre chemin. La jeune fille essaya de marcher, chancela. Le père interrogea la maîtresse d’école. Elle dit que la jeune fille était arrivée il y a 2 heures et qu'elle était tombée dans la chambre, qu'elle, maîtresse, était accourue pour la relever, qu'elle l'avait portée sur le lit et 1 h après l'avais mise dans le fauteuil à coté du feu puis avait averti le père à la fin de l'école. Le père et sa fille se rendirent chez la grand mère et les 2 tantes qui pleurèrent ensembles.. Le père porta plainte ; le curé fut obligé d'arrêter ses contraintes mais obtint que la fille aille à la grand messe tous les dimanches et au catéchisme et à l'école de la paroisse. Elle apprit des litanies, le catéchisme, des prières latines. Le curé la flattait par des images et des caresses et la fit mettre sur la liste des confirmations. La maîtresse d'école devait la préparer à confesser 8 jours avant la confirmation sans lui dire. Elle lui fit apprendre des formules, la punit car elle ne voulait pas. Un matin la maîtresse l'emmena au confessional (1 ou 2 jours avant la confirmation). Elle lui dit de ne parler à personne de sa famille quand ils passeront devant chez eux. Elle la força à entrer dans l'église, la mena à un banc et dit: "Vous savez vos prières ou formules, je vous mène à confesse, vous serez confirmée dans 8 jours, je vous conduirai au confessional où vous confesserez et m'apporterez une marque, je me tiendrai derrière vous de crainte que vous ne vous en alliez comme vous faites à la grand messe ».
Le curé dit " Ah ma chère petite, que vous êtes sage et obéissante, je vous aime de tout mon coeur, faites vos dévotions et confessez vos péchés".
La jeune fille ne put dire un mot.
Le curé remarqua son trouble et dit "la formule ne fait rien à l'affaire, confessez vos péchés, je vois que vous n'êtes pas instruite".
Elle répondit : "mais je n'ai pas péché".
Le curé "comment, petite menteuse, voulez vous confesser ".
La jeune fille "Quand je viens de l'école à 11 h, j'ai faim, ma mère ne me donne rien, je vais à l'armoire de grand maman et je prends tout ce que j'y trouve, du bonbon, des mirabelles, des prunes séchées, des craquelins »
Le curé "et ? ".
La jeune fille "quand je ne trouve rien, je vais à celle de ma chère mère où elle met le dessert et j'en prends. Oui, monsieur, c'est tout, je ne sais plus rien".
Le curé "mais ce n'est pas tout , je sais quelque chose, vous ne venez pas assez à l'église et au catéchisme, c'est vos parents qui le défendent ".
La jeune fille "Non, c'est moi qui n'aime pas, j'ai tout dit, je m'en vais".
Le curé "voulez vous attendre petite friponne, je ne vous ai pas encore donné l'absolution. Vous me promettez que vous viendrez régulièrement à l'église et au catéchisme, vous réciterez autant de pater et autant d'ave maria".
La jeune fille se sauva en pleurant et dit à sa mère "je suis perdue, je suis perdue".
La mère pleura, lui dit d'aller à l'école dire à la maîtresse qu'elle s'était confessée. La mère lui dit qu'ils préparaient depuis plusieurs années leur départ et qu'elle devait garder le silence. La jeune fille attrapa un Bernard à l'oeil et sa mère la garda à la maison. Une religieuse des enfants trouvés vint pour faire arrangement pour des ouvrages qu'elle faisait coudre aux enfants trouvés pour la livraison de quelque régiment qui entraient en garnison à Metz pour se "recrouter" de la défaite subie à la bataille de Delting(en) près Hanau. Madame Morisot montra à la religieuse l'oeil de sa fille qui avait eu des frissons et chaleurs toute la nuit. La religieuse la crut et dit que la jeune fille devait garder la chambre. La mère lui enveloppa la tête et la déshabilla. Elle dit que ce mal venait à propos mais que le curé viendrait sûrement, qu'elle se tienne prête à se mettre au lit dès qu'elle le verrait, de faire la malade, de lui promettre qu'elle serait la première à se ranger à sa première confirmation. "monnaie fait beaucoup mais argent fait tout". Le curé chercha la jeune fille car il ne la voyait pas dans le rang des catéchumènes. Furieux, il alla chez les Morisot. Il y avait 4 capitaines suisses en affaire avec la mère alors que le père était en affaire avec 2 capitaines français. Le curé arriva furieux. La mère lui expliqua, lui parla de la religieuse. Le curé s'emporta, demanda que la fille soit habillée.
Les officiers suisses le tournèrent en risée "pas tant de colère, cela pourrait vous nuire et nous en mourrions de chagrin. Croyez Mme Morisot, revenez dans un an, elle est encore trop jeune."
Le curé grinça des dents, ne put plus parler tellement il était en colère. Il s'en alla en menaçant de se venger. Une heure après, les confirmées passèrent. La mère remercia les officiers qui étaient réformés. La jeune fille resta en chambre 8 jours. Le curé alla porter plainte à l'évêque, lui disant qu'il était nécessaire de mettre la fille au couvent. L'évêque fut d'accord. Le curé fit faire une lettre de cachet pour un couvent. Les parents furent avertis par un ami qu'on avait écrit en cour et tentèrent de faire annuler la trame. Trop tard. Ils décidèrent alors de s'enfuir à Londres chez le frère de Mme Morisot, Jean Jacob.
La fuite
Le frère avait été mis à Bischviller chez le pasteur Heilman en échange de sa fille. La grand mère et ses 2 autres filles (les sœurs de Mme Morisot) s'installèrent ; ailleurs avec Mlle Heilmann puis se réfugièrent à Bischviller.
La servante fut mise dans le secret. Elle recevrait tous les meubles et une obligation de 200 livres payable en 1 mois et son gage pour un an. En partant Madame Morisot lui donna toutes les clés avec permission de tout prendre et de l'apporter chez le charretier qui les emmenait de Metz (c'était son parent) ainsi elle était occupée sans avoir le temps d'aller les dénoncer. Les parents vendirent sous main des marchandises en transportant sous le manteau sans trop dégarnir la boutique. Ils vendirent tout à des juifs qui l'affectionnaient car quand ils étaient sous les arcades et que la clochette annonçait le vénérable qui va chez les malades leur donner la communion, le père les appelait dans sa boutique par leur nom, faisait semblant de marchander, évitant ainsi à ceux-ci de se mettre à genoux car les juifs et les réformés qui ne le font pas sont exposés à des coups de bourrade de la garde, de la populace, des coups de poings, de pieds, ils vous remplissent de boue, jettent des pierres en criant "à genoux, huguenots, maudit juif ". Les marchandises étaient : mousseline, siamoises, basins, toiles fines et ordinaires, velour de laine ou caffa, manchettes d'homme brodées et mousselines brodées. La famille possédait une métairie à Fey. Les réformées ne pouvant pas vendre leurs biens, les Morisot imaginèrent une ruse : une demoiselle avait été créditée de 200 livres. Elle était entretenue par le pp, homme qui avait beaucoup à dire au Parlement. Le père lui demanda de lui rendre un service : il devait 4000 livres à un marchand de Liège et voulait vendre sa métairie. Si elle voulait servir de médiateur pour avoir la permission de vendre, il la rayerait alors du livre. Monsieur Morisot demanda à un ami marchand de produire une fausse dette de 4000 livres. Il accepta à condition de ne pas avoir à prêter serment. Cela marcha. Monsieur Morisot raya tout le monde des comptes.( Une seule personne ne voulut pas en profiter. Ayant retrouvé les traces de la famille à Hanau après 25 ans, elle fit délivrer à Madame Jassoy 30 livres).
Le père fit accord avec un tonnelier. Ils emballèrent 2 tonneaux de 20 hottes de hardes, habits, linge, vaisselle d'argent,... et les firent sortir à la pointe du jour, les faisant passer pour 2 tonneaux de vin. Ils les firent mettre en grange. Monsieur Morisot avait conclu accord avec un charretier pour les emmener à Ludveiller à 10 lieues de Metz. Il paya 4 chevaux et le chariot, donna 100 écus (c'est ce qu'on donne à ceux qui dénoncent en justice ceux qui se réfugient) et une obligation de 200 écus qu'il antidata et attesta dans ses livres. Il donna une bonne récompense au valet.
4 semaines avant Pâques 1749, samedi soir, veille d'un feu d'artifice et de l'illumination pour la paix, Madame Morisot envoya ses 2 filles chez Mme de Basasse, son amie, la priant de les garder . La mère dit que vers 6 h après diner la fille du charretier viendrait les chercher pour les conduire à leur père hors la ville. Ceci fut fait. Le père prit la cadette sur son dos car il avait neigé et elle pleurait, ne pouvait marcher. Sa fille Susanne l’attrapa par le pan de son manteau et ils cheminèrent la nuit une lieue de chemin jusqu'au chariot couvert de toile. Ils étaient sortis par une porte différente. Ils avaient laissé 2 grandes maisons, une sous les arcades, l'autre en Taison près le pont Chailli ; la première meublée sans les marchandises qu'ils avaient dans la boutique soit 25000 livres de bien au total. Le père avait une ceinture garnie d'or, la mère une double poche avec 17 livres en espèces.
La mère dit "nous quittons tout pour le salut de nos âmes. Ah grand Dieu, j'implore ton secours, fais nous la grâce de sortir heureux de Babylone où nous avons tant souffert. Voila les ordres du roi pour ceux qui se réfugient hors du royaume : le père est pendu, la femme rasée la tête par le bourreau et enfermée à vie, les enfants au couvent, les biens confisqués. Adieu Metz, adieu patrie, adieu pays. A qui en nous confisquant nos biens sous prétexte de nous convertir, vous profitez de nos dépouilles. Vous nous aurez fait supporter le joug insupportable nous donnant à la merci du clergé qui par sa superstition a su nourrir votre haine contre nous en nous damnant et vous faisant croire mille faussetés contre nous lesquelles sont toutes prouvées fausses, desquelles on pourrait faire tout un volume, et qui en vous cachant les livres sacrés sous prétexte qu'ils ne sont pas assez intelligibles pour le vulgaire, vous entretiennent dans l'ignorance et l'idolâtrie jusqu'à vous faire plier les genoux devant l'oeuvre de vos mains devant l'or, l'argent, la pierre, le bois, le plâtre des peintures, des images (Lisez Lévitique chapitre 26 premier verset : « vous ne vous ferez point idolâtre et vous ne vous dresserez point d’images taillées ni de statue et vous ne mettrez point de pierre peinte dans votre pays pour vous prosterner devant elle car je suis l’Éternel votre Dieu »). Ce clergé qui a su enflammer votre esprit de fanatisme jusqu’à vous porter à un massacre affreux le jour de St Bartholomée et à rompre la promesse signée du sceau royal à la révocation de l’édit de Nantes que vous nous avez annulé par des voies illégitimes par la force car vous n’en avez point gagné par des preuves authentiques que nous sommes dans l’erreur et que votre religion est la véritable et ceux que vous n’avez pas pu gagner par des voies injustes ne vous ont-ils pas quitté à la perte de leurs biens, de leur repos, de leur fortune, et combien n’y en a t’il pas parmi vous qui n’ont pas encore plié les genoux devant vos idoles malgré vos persécutions et les maux inexprimables que vous leur avez fait souffrir, Oh France, il n’y a pas en seul lieu de refuge où nous pûmes jouir de la liberté de conscience et d’un peu de repos. Dans tout votre enceinte autant vaste qu’elle fut vous nous avez la plupart annulés retranchés du milieu de vous, forcés à vous fuir ».
Après 4 lieux de chemin en de pareilles génuflexions, ils arrivèrent à un village lorrain. Ils ;étaient un peu moins en danger car on n'aurait pas pu les arrêter tout droit vu que le roi Stanislas régnait et qu'il aurait fallu sa permission. Ils arrivèrent à 2 h après minuit et restèrent jusqu'à 4 h du matin. Monsieur Morisot prit soin des chevaux. Les parents restèrent levés, les 2 enfants furent mis au lit. Une demi-heure après le départ, ils s'aperçurent que le charretier manquait. Le valet ne savait pas où il était.
Monsieur Morisot dit :" s'il est retourné à Metz et qu'on envoie la maréchaussée après nous, nous sommes perdus".
Ils étaient en transe mortelle. A 7 h 1/2, il n'était toujours pas là. Ils entendirent un bruit. Ils traversèrent alors un chemin et virent une vingtaine de paysans avec pioches et haches venir vers eux.
Monsieur Morisot dit " le charretier nous a sans doute trahis, ils sont trop mes enfants, sauvez-vous de chaque coté, dites que vous êtes de Ludweiler, demandez le chemin et allez chez le ministre qui est mon ami, il nous attend" (le père parlait à travers une fente de la toile qui couvrait le chariot).
Les paysans approchèrent, le charretier n'était pas avec eux, ils traversèrent le chemin qui allait à droite.
Monsieur Morisot s’exclama "Dieu merci, le danger est passé, quelle frayeur".
Madame Morisot embrassa les 2 enfants et pleura. Le charretier arriva en se frottant les yeux ; les paysans l'avaient réveillé. Ils allaient aux corvées, leur village devant n'est qu'à une 1/2 lieue. Il laisseraient les chevaux se reposer et dans 3 h seraient à Ludveiler.
Le père demanda "où étiez-vous ?"
Le charretier répondit "j'étais assis derrière le chariot et m'étais endormi"
Le père dit "Vous avez mal fait de ne pas nous avertir, et si vous étiez retourné à Metz nous dénoncer ?"
Le charretier "me croyez-vous capable d'une telle ingratitude, vous mon bienfaiteur et celui de ma mère votre servante ; je suis pauvre mais honnête homme,je ne vous trahirai pas pour mille écus. Vous seriez pendu. Est- ce que je cours pas le même risque ? Autant m'en pend à l'oeil si je suis découvert"
Le père répondit "partons mon ami".
Ils arrivèrent au village et couchèrent sur un lit. Ils partirent vers 11 h avant midi. Il avait dégelé. Ils prirent les chemins de village au lieu du grand chemin, devenu mauvais à cause du dégel et de grosses eaux. Ils s'égarèrent dans un bois. Ils en sortirent et virent leur erreur.
Le père s'était glissé à l'arrière du chariot et vit un cavalier de la maréchaussée avec un manteau bleu venant vers eux. Le père dit au charretier de faire marcher les chevaux mais ils étaient embourbés.
La mère cria "fouettez cocher, qu'ils crèvent, nous ne pouvons pas être loin des frontières".
Le père dit de se taire, qu'ils seraient dans de beaux draps blancs si les chevaux crevaient Le cavalier était seul, ils espéraient être quittes avec une pièce d'argent. La cavalier passa en saluant, il avait la tonsure, c'était un ecclésiastique.
Les roues étaient enfoncées, les parents descendirent du chariot pour aider, les chevaux étaient las, il se faisait tard. Le père aida, la mère se lamenta, le charretier jura, le valet tira les chevaux en criant.
Ils restèrent là 2 h. Le père ne voulait pas que quelqu'un s'en aille chercher des chevaux. Il demanda au charretier pourquoi les chevaux ne voulaient pas avancer, de leur donner de l'avoine, qu'ils attendraient 1/2 h. Le charretier répondit qu'il avait perdu l'avoine en dormant. Le père partagea un bout de pain et le donna aux chevaux. Après 1/4 h, les 4 tirèrent la bride. Ils arrivèrent à 6 h du soir à Ludveiller. Au milieu du village, un cheval tomba mort sur la place. La mère emmena ses 2 enfants chez le ministre, le père restant avec le chariot. Le ministre les aida à trouver un autre charretier pour Sarrebruck. Les affaires furent chargées le même soir. Le lendemain matin, le charretier et le valet furent congédiés. Les parents leur donnèrent une douceur. Le charretier les remercia. Les parents rendirent grâce à Dieu de leur délivrance et de leur heureuse arrivée en Allemagne. Ils remercièrent le ministre et partirent. A Sarrebruck, ils voulaient y séjourner pour attendre le jeune fils qui était à Bischwiller. Le père écrivit une lettre . Une amie vint les voir et leur recommanda de partir vite car la France pourrait les réclamer ce qu'elle avait fait pour un homme qui avait eu juste le temps de s'enfuir. La France était si puissante qu'on ne pourrait lui refuser. Le père décida de partir le lendemain et écrivit à son fils de venir à Deux Ponts. La mère remercia son amie et alla rendre visite à ses anciennes connaissances car étant jeune, elle avait passé 3 mois à Sarrebruck pour apprendre l'allemand en pension. Ils partirent donc le lendemain et arrivèrent le même jour à Deux Ponts où ils restèrent 8 jours.
Le fils arriva avec la grand mère et sa fille Charlotte,tante des enfants. L'ainée Anne resta à Bischviller car elle était incommodée. La mère dit qu'ils voulaient aller à Londres d'où son frère lui avait écrit ,ils voulaient y établir un négoce comme à Metz. La grand mère déconseilla car ne savait pas l'anglais et que ce négoce n'était bon que dans les garnisons de 20000 hommes comme à Metz ; elle conseilla d'aller à Hanau là où étaient des amis et parents, et qu'elle viendrait les rejoindre. La mère refusa. La grand mère parla au père qui fut d'accord et lui demanda de persuader Madame Morisot qu'il n'aimait pas aller à Londres et que si elle répugnait d'aller à Hanau, il la persuaderait d'aller en Suisse. La grand mère et la tante parlèrent à Madame Morisot. Celle-ci n'avait pas de répugnance d'aller à Hanau mais ne pouvait pas vivre dans l'inaction et voulait aller dans une grande ville et qu'elle avait promis à son frère.
Le père consentit. La grand mère refusa et repartit pour Bischwiller. La famille se mit en route pour Bingen/Rhin où ils prirent un bateau qui les conduisit à Cologne. Ils partirent de bon matin, le batelier et son valet. Un soldat, en semestre, demanda de venir pour rejoindre son régiment à Cologne. Il ramerait. Accord des voyageurs, le batelier était content.
C'était un plaisir pour les enfants de se voir sur un si beau fleuve garni de montagnes des 2 cotés et de descendre si rapidement car il y avait 4 rameurs dont le père. La fille Susanne le relaya parfois. Ils arrivèrent avant la nuit à Cologne; le batelier ne voulut pas rester ; il dit que c'est parce que il y avait un gros village à 1/2 lieue plus bas où ils seraient mieux et où ils seraient maîtres de repartir de bonne heure (en fait c'était pour ne pas payer des droits mais il ne leur dit pas). Le père fut d'accord. En fait le batelier les emmena 2 lieux plus loin dans un mauvais village. Il les emmena dans un cabaret où on avait dansé tout le jour et où toute la compagnie se trouvait encore à se divertir à souper. La mère demanda une chambre. Il n'y en avait pas.
Une partie de la vilaine compagnie se retira mais il resta 6 pendards de drôles et 6 vauriennes de filles. Après souper, la mère demanda à se coucher. Le cabaretier dit qu'il apportait de la paille.
Madame Morisot fut étonnée "nous ne sommes pas habitués".
La compagnie se moqua et dit qu'ils n’étaient pas meilleurs qu'eux et que d'autres honnêtes gens y couchaient aussi. La famille voulut aller ailleurs mais le batelier était retourné au bateau. La cabaretier, qui connaissait le batelier, les persuada de rester et leur donna un plumeau et des coussins. Il y avait aussi un ministre d'un village. Le cabaretier ferma la porte et se retira. Il resta 6 pendards d'hommes et autant de femelles qui se couchèrent l'un à coté de l'autre. Le père sortit brusquement 2 pistolets, les posa sur une table, s'assit sur le banc devant ses pistolets à côté de la fenêtre, posa son sac de nuit devant lui, assit son fils à coté de lui et lui dit "tu peux coucher ta tête sur le sac et dormir, quand le sommeil me viendra, je t'éveillerai et tu veilleras à ma place car nous sommes dans un endroit sujet à caution ».
Le père ne dormit pas de la nuit, l'autre race fit le sabbat la moitié de la nuit. Au lever du jour, le père réveilla sa famille, voulut sortir mais la porte était fermée à clé et il y avait des grillages de fer aux fenêtres. Il tira en l'air un coup de pistolet à travers la fenêtre. Le cabaretier arriva, le père fulminait mais on ne le comprenait pas car on ne parlait pas allemand. Madame Morisot qui parlait suffisamment demanda au cabaretier pourquoi il avait fermé à clé. Il répondit qu'il avait eu peur de cette bande joyeuse qu'il croyait être une bande de filou.
La mère dit "vous nous avez exposés, ce n'est pas honnête".
Il s'excusa et demanda qu'elle ne dise rien car elle l'exposerait aux malheurs de cette bande. Les parents ne voulurent pas déjeuner et tout le monde retourna au bateau. Le batelier dit que le cabaretier était un brave homme, qu'il n'y avait rien à craindre,qu'il ne se serait rien passé car le batelier avait veillé, le bateau étant à l'ancre devant le cabaret. Ils partirent et arrivèrent à Cologne, entrèrent dans un grand bateau public où on passe la nuit en marchant.
Premier séjour aux Pays-Bas
Ils arrivèrent à Rotterdam. La mère et le fils partirent chercher un interprète et pour se faire conduire chez les marchands auxquels ils avaient des lettres de change et des recommendations. La mère parla à plusieurs personnes en français et en allemand. Les personnes branlèrent la tête et se moquèrent.
La mère dit "nous sommes ici comme tombés des nues, pas une âme ne nous entend, où pourrions nous loger ?".
Un homme du commun leur proposa en mauvais français de les loger. La mère souhaita le montrer à son mari pour lui servir de truchement et l'aida à sortir leurs effets pour les mettre à la douane.
La mère avec ses enfants alla chercher les marchands.
Ils entrèrent dans plusieurs boutiques en demandant "parlez vous français ?»
Les gens les regardèrent en riant. Cela les fâcha. Elle demanda à des paysans s'ils parlaient français. Ils ne daignèrent pas les écouter. Elle demanda à un fainéant posté à un coin. Il tendit la main. Elle dit qu'elle le payerait quand il l'aura menée. Il refusa. Un passant, curieux, proposa de les conduire. Les lettres de change furent acceptées. Elles avaient été prises à Sarrebruck et à Deux Ponts sur la Hollande. Un commis leur fut donné pour s'informer d'un vaisseau pour Londres. La famille retourna vers le jeune fils qui montra au commis les effets et donna l'adresse "aux trois harengs". La famille s'y installa au 2 ème étage, très bien servie. Le lendemain, les marchands vinrent et s'étonnèrent qu'ils aient logé dans une pareille maison sans connaître leur hôte. Monsieur Morisot dit qu'ils étaient très bien, leur hôte parlait français. Les marchands dirent qu'il avait trouvé un vaisseau qui n'attendait que le vent pour partir. Le père et le fils allèrent prendre les arrangements nécessaires avec le capitaine. Ils firent mettre à bord les 2 grands tonneaux et un ballot. Le capitaine leur dit de se tenir prêts. Un des marchands les raccompagna et voulut leur montrer chez qui ils logeaient. Ils allèrent le long d'une galerie et arrivèrent à un vestibule, et par la fenêtre virent une toute autre contrée. Il ouvrit une porte où on voyait 3 tables de filles occupées à divers ouvrages. En voyant les 2 messieurs, elles posèrent leur ouvrage et les regardèrent gracieusement. Le monsieur leur parla, caressa l'une et l'autre à la joue, badina et leur dit qu'il reviendrait le soir. De retour à la chambre, il dit au père "hé bien, n'y en t'il pas d'assez jolies ? c'est que vous êtes logés dans un bor..... Vous n'avez qu'à siffler par la fenêtre, vous en verrez passer plusieurs qui vous accueilleront, votre hôte n'a sa profession que pour prétexte, aussi ne le verrez vous pas beaucoup, il est toujours sur 4 chemins ».
La mère voulut partir mais le monsieur la persuada de rester . Le père négocia des lettres de change qu'il avait prises pour Hollande contre des papiers pour Londres.
Ils restèrent 8 jours, s'ennuyèrent. Le capitaine vint enfin les chercher. Leur hôte leur proposa de loger chez lui s’ ils repassaient par Rotterdam.
La traversée
Le vaisseau descendit la Meuse et arriva à (H)elfoutscleuss pour prendre des passagers et des rafraîchissements. La famille occupait la chaute. Un matelot apporta un seau de () et attacha la table. La mère demanda en allemand pourquoi.
Il répondit en mauvais allemand plat "dans moins d'une heure vous en saurez la raison".
Une fois en pleine mer, ils se trouvèrent mal, le vaisseau était agité des vagues. Les 2 jeunes filles vomirent en premier dans le seau, la mère les soutenant. Le frère suivit puis la mère elle-même. Elle comprit alors la nécessité du seau. Le père resta bien et les aida à se coucher.
Le lendemain c'était calme. En montant sur le tillac, ils virent la mer verte et unie comme une glace. On ne voyait plus la Hollande. On n'entendait plus les cris des matelots.
Une idée respectueuse nous fit contempler les oeuvres de l'être suprême, l'océan inconcevable, mes yeux étaient trop tendres pour le contempler longtemps, je les cachais.
Le capitaine dit qu'ils avaient fait 4 lieues pendant la journée. La mère demanda à un matelot de les prévenir lorqu'il verrait Londres. Le 4 ième jour, ils virent une nacelle venir à leur rencontre avec des commissaires (on voyait les côtes d'Angleterre) qui ont pour rôle d'éviter l'entrée des contrebandes. Le matelot voulut avertir Madame Morisot qui tenait la main de sa fille Susanne.
Le matelot prit la mère par la main et étendit son bras "voyez vous ce nuage noir ?"
Madame Morisot "où?"
Le matelot " voyez-vous dessous cette nue des pointes qu'on dirait qu'il touche"
Madame Morisot "oui"
Le matelot "les pointes que vous voyez ce sont les tours des églises, les distinguez-vous ?"
Madame Morisot "oui"
Le matelot "Hé bien, vous voyez Londres"
Madame Morisot "comment, voila Londres dessous ce gros nuage ? on dirait qu'il est posé sur ces tours, voila un terrible orage"
Le matelot "ce que vous voyez n'est point d'orage"
Madame Morisot "qu'est ce que c'est donc ? "
Le matelot "c'est la vapeur des charbons quand le temps est couvert".
La mère lui donna à boire et lui demanda d'aller chercher son mari. Le bateau entra dans la Tamise et arriva à Londres.
Le séjour à Londres
Un quart heure après avoir jeté l'ancre, vint une nacelle avec un passager en uniforme bleu. La mère ne le reconnut pas. L'homme monta à bord et donna le nom Morisot.
Aussitot la mère sauta à son cou "mon frère, mon cher frère, mon coeur me l'a dit".
Il embrassa sa soeur, accueillit le père et les 3 enfants. Il parla au commissaire qui nota les effets et lui donna son adresse. La barque fit une lieue.
Le frère Jean Jacob dit au père "il y aura au port beaucoup de matelots, bateliers et autres polissons qui reconnaîtront à vos habits que vous êtes français. Comme les 2 nations sont en antipathie, certains auront la hardiesse de vous insulter. Laissez les dire, les paroles ne font pas mal»
Monsieur Morisot répondit "j'ai un bon gond (= canne), je leur en donnerai au travers de la face, je vous promets qu'ils ne demanderont pas leur reste"
Son beau-frère dit "je vous prie de ne le pas faire car ils ne le demanderont pas mieux dans un moment vous vous seriez environnés et on vous traînerait au juge de paix. Il vous condamnerait sur le champs à 1 guinée d'amende, il en donnerait la moitié à celui que vous auriez battu et garderait l'autre moitié et vous renverrait. Le battu en ferait boire ses camarades et vous seriez la risée de la populace. Et si votre canne était de bois d'épine, vous payerez de chaque noeud un shilling extra"
Monsieur Morisot : "oh, si ce n'est que cela qu'ils cherchent, ils se tromperont, je saurai me taire, qui plus est je ne les comprendrais pas"
Son beau-frère répondit "mais il se peut qu'il y en aura qui vous insulteront en français "
Monsieur Morisot "si cela est, je n'aimerais pas d'être exposé longtemps à leurs insultes"
Son beau-frère "non j'aurai soin de nous éloigner vite, je prendrai un fiacre pour ma soeur et les filles, et vous et mon neveu irons à pied, nous ne serons plus loin de chez nous".
La famille fut insultée en anglais.
Un polisson leur dit en français "pourquoi venez-vous ici ? c'est pour manger le pain des Anglais, on vous a sans doute chassés de France et vous venez être à charge aux anglais, on n'a pas besoin de vos races, vous n'avez qu'à vous en aller d'où vous êtes venus, ha ha ha". Les filles entrèrent dans le fiacre, les 3 hommes s'éloignèrent vite. Le fiacre s'arrêta au coin d'une rue pour laisser passer un roulier chargé. Il y avait boutique où on vendait de l'eau de vie. Plusieurs femmes y entrèrent portant des mantelets d'écarlate ou drap rouge, et se firent verser à boire.
Madame Morisot dit "mais quel pays est l'Angleterre, des femmes vont en public boire de l'eau de vie sans avoir honte, quelle vilaine coutume, et quelle boue noire la hauteur d'un demi pied dans les rues, et quelle cohue de monde ! comme ils vous regardent sans vous saluer ! on dirait qu'on est à une foire. Qu'ils sont sérieux ! Quelle différence des Français ! comme ils se pressent en marchant sans faire attention à personne. Voyez cette dame en jupe baleines, ils ne daignent pas la saluer, voyez comme elle est éclaboussée, et quels souliers plats! Ah Londres,vous ne me plaisez pas ! qu'est ce que dira mon mari, nous restons bien longtemps en chemin, voila déjà une bonne demi heure que nous y sommes, ou notre cocher ne sait où demeure mon frère, ou Londres est bien grand car nous avons déjà fait une bonne demie lieue dans Londres sur la Tamise et encore ne sommes nous pas chez mon frère"
Ils arrivèrent enfin. La tante des enfants Morisot les accueillit avec ses 6 enfants dont 2 filles de l'âge des enfants Morisot. Elle leur montra leur chambre. Madame Morisot s'inquiéta.
La tante la rassura « .il y a 3 milles à faire, ils ne peuvent pas encore être ici"
Madame Morisot " mais mon frère a dit qu'il n'était pas loin de chez lui "
Sa belle-sœur "ce n'est pas aussi loin"
Madame Morisot "mais vos 3 milles font une lieue de France et dans une lieue de chemin je traverserais 2 fois Metz "
Sa belle-sœur « mais Metz n'est aussi pas Londres car Londres est bien plus grand que Paris".
1 heure après les hommes arrivèrent. Madame Morisot prit son mari par la main pour lui montrer l'appartement.
Madame Morisot, en pleurant "pardon mon cher, je vous ai offensé".
Son mari "pourquoi, qu'avez vous, je ne vous conçois pas, qu'est il arrivé, vous a t'on fait quelque chose". Madame Morisot « non, mais je vous ai contraint de venir à Londres au lieu d'aller à Hanau ou en Suisse et je ne m'y plais pas, nous n'y pourrons pas rester". Son mari "mais pourquoi, comment pouvez-vous juger d'un pays du premier abord, à peine êtes vous quelques heures ici et vous voulez désespérer votre frère qui depuis 20 ans y est et qui s'est si bien trouvé ne nous aurait sollicité à y venir s'il n'avait cru que c'était avantageux pour nous. Cessez de vous chagriner, je verrai d'entreprendre un négoce où vous aurez de l'occupation et vos chimères se passeront ».
Monsieur Morisot alla parler à son beau-frère qui en parla à son tour à sa soeur, lui représentant que sa conclusion était trop précipitée. "vous n'avez vu qu'une partie de Londres et vous en jugez mal. Savez vous qu'on prétend qu'il faut être 7 ans à Londres pour pouvoir en connaître toutes les rues en sortant journellement. Venez,je vous ferai voir une maison que j'ai en vue, je crois qu'elle pourra vous convenir, c'est dans la rue la plus passante et la plus convenable pour un négoce et je suis persuadé que vous changerez de sentiments aussitôt que vous aurez plus de connaissances des avantages qu'on a d'être négociant à Londres. Nous irons ensuite chez des fabricants où vous pourrez faire emplette de la première main et dans un ou 2 mois, vous y pourrez entrer".
La mère suivit les conseils de son frère. La maison fut louée. Son frère demanda s'ils voulaient se mettre à l'église anglicane ou à l'église de la confession de Genève (lui était de l'anglicane, il était bon anglais). Les parents choisirent Genève. Susanne Morisot assista à son premier sermon. Elle se rappela "le vent vient et va où il doit, on ne sait pas d'où il vient, ni où il va". Le pasteur annonça qu'une nouvelle famille française était arrivée et il les nomma, leur demeure, leur négoce, et pria la communauté de leur donner leur chalandise et fit des voeux de réussite. La famille allait tous les dimanches promener à diverses promenades publiques qu'on nomme guinguette, le parc le « haha » est un jardin royal près de Londres sans enclos, à 6 pas on croit entrer partout mais tout près il est environné d'une fosse à rase terre qui vous empêche l'entrée, ce qui occasionne que les Français qu'ils y voient attrapés disent ordinairement Ha Ha
Un jour Madame Morisot emmena seule ses enfants à l'église française anglicane (un dimanche après midi). Après le sermon, elles voulurent entrer au parc.
Une Anglaise vint à elles "sans doute que vous avez été fouettées et marquées à Paris que vous venez ici manger le pain des anglais, voyez moi ces talons pointus et ces habits à la française, quel air cela vous donne, ces chiens de Français"
La femme disparut. Madame Morisot fut si mortifiée qu'elle retourna chez sa belle-soeur et lui dit "quand vous êtes avec nous, ce n'est qu'en anglais qu'on nous injure mais aujourd'hui c'était en bon français et bien distinctement ».
Sa belle-sœur lui donna des habits à l'anglaise. Le père se plaignit aussi. On l'avait tiré par la queue, on l'avait appelé "feng d(i)g", on avait rit au nez. Toute la famille s'habilla alors à l'anglaise. Un jour Monsieur Morisot et son beau frère allèrent à une tabagie. Un anglais s'assit à coté de Monsieur Morisot et lui parla en anglais. Il ne répondit pas, haussa les épaules. L'anglais parla plus fort le croyant sourd. Le beau-frère lui dit que c'était un Français.
L'Anglais dit "est il possible qu'un si bel homme soit un Français, qui l'aurait cru ? je l'ai pris pour un Anglais et aurais parié s'il en avait été question, quel dommage !".
Le beau-frère expliqua qu'il était réfugié depuis peu et lui dit "Israel mon ami, aussi la France ne mérite t’elle pas d'avoir d'aussi beaux habitants, si robustes, si bien bâtis ?".
Un jour ils assistèrent à une scène dans la rue. Un fiacre éclaboussa une dame habillée richement. Un monsieur galonné prit parti pour la dame et demanda au cocher de s'expliquer. Le cocher dit que c'était parce qu'elle était riche et qu'elle aurait du prendre un fiacre. Il l'avait fait délibérément. Le fiacre fut arrêté.
Le gentilhomme provoqua le cocher "descends et voyons si tu es brave " et lança une pièce d'argent que le cocher releva. Le gentilhomme et le cocher se déshabillèrent jusqu'à la ceinture. Un cercle fut formé. Chacun avec ses partisans. Les habits étaient gardés soigneusement par la populace. Ils coururent l'un contre l'autre avec leurs poings, l'un après l'autre fut à terre, quand il était à terre l'autre lui demandait s'il était content et s'il avait assez. Pendant ce temps, les partisans l'essuyaient, l'encourageaient disant "vous serez vainqueur". Les autres relevaient celui qui était à terre, lui disaient qu'il avait bien fait de ne pas se laisser vaincre, qu'il serait vainqueur. Le cocher alla plusieurs fois à terre. Le gentilhomme lui demanda s'il en avait assez et il répondit "oui, je suis content". Les partisans du cocher disparurent et le cocher reprit son fiacre. Les partisans du gentilhomme lui offrirent à boire dans une auberge mais il refusa.
Monsieur Jacob expliqua à son beau-frère "le cocher avait tort, on n'ose battre personne. Le cocher n'aurait pas été fâché que le gentilhomme lui eût donné les coups de baton qu'il aurait mérité; il aurait eu une 1/2 guinée, la moitié de l'amende. Quand on a quelque démêlé ou qu'on se croit offensé des gens de basse extraction, on ne peut pas tirer l'épée, on jette une pièce d'argent à terre, l'autre parti la lève, c'est une marque qu'il veut se battre. Les spectateurs se séparent, chacun pour l'un, les habits sont soigneusement conservés. Quand un est à terre, on n'ose pas le toucher, on demande s'il est content ou s'il en a assez. Quand il dit qu'il en a assez, si l'autre lui donne le moindre coup comme aussi quand il est à terre, la populace le pendrait, le mènerait à la Tamise et l'y plongerait jusqu'à ce qu'il soit moitié mort ou qu'il demande pardon. L'autre serait conduit à une auberge où on lui offrirait à boire et à manger sans payer ».
Madame Morisot et sa belle-soeur sortirent un jour dans une grande rue. La mère vit venir une grande foule. Elle demanda ce que c'était. La belle-soeur dit "c'est la mate, venez, sauvons nous, entrons dans cette boutique"
Juste à temps, la mate ou populace passa devant eux. Madame Morisot monta sur le (haut) de la boutique pour regarder, vit un nombre inconcevable de personnes comme une nuée de sauterelles de toutes conditions des 2 sexes, un carrosse au milieu, les gens devant la mate étaient entraînés comme par un torrent. La belle-soeur demanda ce qui se passait. On avait pendu un malfaiteur, son corps avait été vendu à un apothicaire pour en faire un squelette. Après l'avoir coupé, l'apothicaire avait vu des signes de vie, le mit dans un fiacre pour le mener chez lui pour faire des expériences pour le ramener à la vie. La populace voulut voir s'il réussirait. Le beau-frère apprit que les expériences avaient réussi et qu'après 2 heures il avait pu parler. Un riche Anglais lui avait alors demandé où il avait ressenti le plus de mal étant pendu. Il lui dit et reçut une pièce ; le riche retourna chez lui, écrivit un billet où il dit qu'il voulait voir par expérience si le malfaiteur avait dit vrai, qu'il allait à son grenier mais qu'il ne voulait pas faire de mal. Après quelque temps, on eut besoin de lui, on alla chez lui, vit son billet, monta au grenier, on le trouva pendu, on le coupa ; il était monté sur une chaise qui s'était cassée de vieillesse sous lui. Il n'eut pas le bonheur d'en revenir, il resta mort.
Les parents Morisot occupaient désormais la maison qu'ils avaient louée. Ils prirent une servante anglaise et une demoiselle à la boutique qui parlait un peu français. Le fils fut mis en pension chez un ministre près de Londres pour apprendre l'anglais, l'écriture. Monsieur Morisot s'ennuyait car il ne pouvait parler à ses chalands, il devait laisser la demoiselle qui n'avait pas la vivacité des françaises. Monsieur Morisot dut s'accoutumer à boire de la bière car on ne boit pas journellement du vin à cause de la grande cherté. Il en but beaucoup ce qui le rendit pesant et le fit trop dormir même pendant la journée ce qui fit craindre à sa femme qu'il n'ait une apoplexie. Cette façon de vivre ne lui plaisait pas; il était accoutumé à boire à chaque repas une bonne bouteille de vin, il avait eu négoce qui lui donnait assez d'occupation; il avait eu un jardin qui l'amusait et des amis avec qui il se récréait. Il avait peur de sortir seul car si on lui adressait la parole, on pourrait remarquer qu'il était français et serait exposé aux avanies du peuple. A part cela il était content, jouissait de la liberté de conscience. Il aurait préféré la Suisse ou l'Allemagne, il aurait plus aisément appris l'allemand, n'aurait pas eu besoin d'interprète puisque sa femme et son fils savent l'allemand. La demoiselle leur était à charge car on dirait que les paroles lui coûtaient de l'argent tant elle la ménageait; or dans un négoce il faut parler, les marchandises ne disent rien. Monsieur Morisot souhaitait partir tenir la foire à Francfort puis aller en Suisse. Madame Morisot alla parler à son frère qui tenta de lui faire changer d'avis, la difficulté de passer la mer en l'arrière saison et que faire des marchandises.
Monsieur Morisot dit "les marchandises non entamées seront rendues aux fabricants, les autres seront emballées, seront vendues à Francfort. Puis la famille ira en Suisse où ils achèteront un bien de campagne".
Monsieur Jacob n'arriva pas à la persuader; il en parla à son beau frère qui semblait assez disposé à suivre les sentiments de sa femme. Monsieur Jacob leur demanda de réfléchir un mois ou 6 semaines ; il s'informerait pendant ce temps d'un vaisseau pour Rotterdam.
Un certain Dumon se disant Suisse était en pension chez eux. Il revenait parfois au logis avec un chapeau plein d'or et d'argent. D'autres fois, il empruntait de l'argent aux Morisot qu'il rendait. Les parents conclurent qu'il est un joueur de profession; il était très bien rnafé avec un esprit fort enjoué et d'une très belle figure. Il avait entre 20 et 30 ans. Ils firent connaissance d'un jeune officier français qui souhaitait s'enrôler dans un régiment anglais. On lui refusa mais on lui proposa une lieutenance en Amérique. Il était marié à une jeune brabançonne de très bonne famille qu'il avait enlevée. Il leur fut conseillé d'écrire aux parents de la femme afin de faire la paix, qu'ils souhaitaient revenir chez ses parents car actuellement on leur avait refusé l'enrôlement dans un régiment anglais, qu'il était cadet de famille sans beaucoup de biens, que la solution était d'aller en Amérique mais qu'elle avait peur du trajet. Les parents de la fille répondirent qu'elle s'en aille avec son séducteur. Madame Morisot et Dumont se rendirent chez elle. Dumont dit qu'elle ne se sentait pas très bien, qu'elle logeait à 2 maisons de la leur, que personne ne parlait le français. Susanne Morisot vint aussi. Ils trouvèrent la jeune femme (18 ans) en larme et le mari (23-24 ans) désespéré de la rendre si malheureuse. Ils la persuadèrent d'accompagner son mari en Amérique. Les parents Morisot demandèrent à leur beau frère qu'il s’était renseigné sur un vaisseau. Oui, un vaisseau hollandais partait dans 3 semaines pour Rotterdam. Ils allèrent chez les fabricants leur rendre les marchandises non entamées, renvoyèrent la demoiselle de boutique, donnèrent congé à la demoiselle à condition qu'elle reste jusqu'au départ. Les meubles furent vendus, le fils revint de la pension. Le soir du départ, ils s'inquiétèrent car ils n'avaient pas reçu de nouvelles du capitaine, or la servante devait les quitter après diner. Quelqu'un était derrière la porte. C'était Constant, le valet de l'officier français qui était parti. Il était désespéré, ne parlait pas anglais, n'avait pas 4 sous pour acheter une corde pour se pendre, ne pouvait aller se jeter dans la Tamise car les rues autour étaient plein de bateliers qui se moquaient de lui. Son prêtre lui avait donné 2 sous mais il n'avait plus rien. Il avait passé la nuit devant la porte des Morisot et n'avait pas mangé depuis 24 h. Son maitre était parti depuis 3 jours, lui avait laissé son dernier argent et promit de lui en envoyer. Le maitre se croyait coupable de cette situation. Le valet dit que lorqu'ils seront plus à l'aise, ils pourront faire appel à lui et il viendra aussitôt. Monsieur Morisot proposa au valet de rester chez eux jusqu'au départ et qui'il recommanderait le valet à son beau frère. Le valet les remercia et dit qu'il ferait tout pour les contenter. Le beau-frère arriva alors et dit que le vaisseau ne serait pas prêt avant 8 jours et proposa de les accueillir chez lui. Les Morisot s'inquiétaient de ne être à temps à Francfort. Le beau-frère accepta de prendre aussi provisoirement le valet et lui expliqua qu'il devait apprendre l'anglais. Le beau-frère demanda s'il pouvait garder une des filles avec lui. Susanne Morisot voulait mais pas sa mère qui dit que son aînée l'aiderait bientôt dans son ménage car elle avait 10 ans et que la cadette était sa mignonne. Le beau-frère raconta qu'il y avait eu un incendie de l'autre coté de la Tamise mais que c'était si loin d'ici que cela n'occasionnerait aucun dérangement.
Madame Morisot dit " vous ne faites pas grand affaire quand il brûle; à Metz, toute la ville serait en alarme, il faut être anglois pour ne pas s'épouvanter".
Le dimanche suivant, il y eu un grand attroupement de matelot et de spectateurs dans la rue qu'on nomme Strant, qui est presque aussi large que le Zeil à Francfort et a 6 milles de longueur. A 6 maisons de là, on vit démeubler une maison : on jetait par les fenêtres des chaises, tables, armoires, miroirs, verres, couches, faïences. Une compagnie de soldats arriva pour les disperser mais ils furent renvoyés comme des p., on se moqua d'eux , on les menaça "ils osent se présenter sans officier, sommes -nous des gueux, allez, et quand vous aurez votre chef et qu'il nous parle comme à des matelots anglais, nous verrons".
On commença à démolir la maison en commençant au toit duquel on jeta les tuiles. La garde revint avec des officiers. Monsieur Jacob et son neveu allèrent s'informer. La maison était une maison publique privilégiée où les matelots pouvaient s'amuser pour leur argent, que la flotte de la compagnie des Indes était revenue depuis peu, qu'un matelot avait passé la nuit avec une de ces belles laquelle lui a volé sa montre. La matelot avait réclamé au cabaretier qui s'était moqué et avait menacé de le jeter par la fenêtre.
Le matelot dit "je sortirai par la porte mais toi tu sortiras par la fenêtre".
Il retourna à la flotte se plaindre du vol, de l'impertinence du cabaretier. Les camarades crièrent "qui est brave vienne nous venger et le jeter par la fenêtre ». 3000 vinrent, la personne offensée en tête. Le cabaretier eu le temps de s'enfuir avec toute sa boutique de filles par une autre issue. Les matelots ne le trouvant pas, décidèrent de faire sortir les meubles à la place puis de démolir la maison. L'officier leur promit justice, leur demanda de se retirer en braves matelots. Ils auraient démoli la maison si l'officier ne les avait pas apaisés, que si la montre était à Londres, elle lui serait rendue.
Après 8 jours, le capitaine vint leur dire de se tenir prêts. Madame Morisot s'inquiéta que le crieur d'heures ne parlait plus après minuit, c'est qu'après cette heure,il annonçait le vent et quel temps il faisait pour ceux qui sont sur le point de voyager sur mer car il arrive souvent que les vaisseaux lèvent l'ancre à la pointe du jour. Le 15 ème jour après l'arrivée de Constant, le beau-frère vint les prévenir que le capitaine du vaisseau les invitait à monter à bord..Le beau-frère demanda comment s'était comporté Constant. Les parents répondirent très bien, qu'il pourrait rester encore 1 mois le temps du bail et espéraient que le beau-frère pourrait le placer. Constant pleura comme un enfant, les remercia, le jeune Morisot lui avait apprit un peu d'anglais, il ne pouvait plus retourner en France car il était déserteur. Le beau-frère dit qu'il y avait possibilité d'emploi car un français commençait une tabagie et voulait traiter en même temps, il avait besoin d'un compagnon. Madame Morisot envoya Constant avec leur pacotille à une rue nommée doconiar près de chez eux, qui donne sur Tamise et de les attendre. Les Morisot allèrent prendre congé de leur parents et de leurs cousins cousines. Le beau-frère les accompagna sur le vaisseau et les embrassa en larmes. Sur la Tamise, ils virent de la fumée. Cela venait d'un incendie qui avait prit il y a 15 jours dans une brasserie et qui avait détruit 200 maisons. On voit le long de la Tamise les plus beaux bâtiments du monde et de superbes jardins publics.
Deuxième traversée
Le soir ils arrivèrent à Graversent où on s'arrête pour mettre à terre les passagers qui ont des provisions à faire et pour prendre à bord les commissaires qui accompagnent jusqu'en pleine mer. Monsieur Morisot et son fils accompagnèrent la chaloupe pour voir la ville.
A la nuit tombante Madame Morisot ne retrouva pas sa fille cadette. Un passager pensait l'avoir vue dans la chaloupe. Monsieur Morisot et son fils revinrent. Ils dirent qu'ils n'avaient pas vu la jeune fille. Un matelot dit qu'il avait entendu quelque chose tomber à l'eau. Madame Morisot se mit à crier. Le capitaine vint avec une lanterne. Ils cherchèrent partout. Finalement ils entrèrent dans la pièce où sont les ballots. Le père heurta du pied quelque chose de mou, c’était sa fille qui s'était endormie sur une grosse balle de marchandises. Les Morisot furent malades (de mer). Le vent forcit et cela d'un coté; le vaisseau faisait cric-crac; le capitaine était un avare, il avait trop chargé le vaisseau et n'en était plus maître. Après minuit,le paquet bot vint derrière donner son signal ordinaire pour lui faire place. Le capitaine ne pouvant pas diriger le vaisseau à cause de la pesanteur et de la force du vent, le paquet bot qui va d'une vitesse incroyable quand il a bon vent, passa à coté du vaisseau comme un éclair et fit un lec au vaisseau qui prit une grande quantité d'eau. On commença à pomper, les matelots criaient, appelaient au secours, les passagers durent aider.
Il fallu reculer des ballots pour arriver au trou fait au vaisseau. On jura contre le capitaine à cause de son avarice. Au petit matin, la situation fut rétablie. Monsieur Morisot qui n'avait jamais été malade paya le tribut (il vomit 2 ou 3 fois) mais pas tant que les autres : la fille cadette 22 fois, la fille aînée 20 fois, le fils 7 fois. La fille cadette dit en pleurant qu'elle croyait rendre son urine tant c'était amer dans sa bouche. La capitaine annonça la terre ferme ; ils avaient passé 14 h en pleine mer. Ils naviguèrent jusqu'à devant Dort où tous les passagers doivent sortir pour alléger le vaisseau car il n'y a pas assez d'eau pour faire voile jusqu'à Rotterdam.
Deuxième séjour en Hollande et poursuite du voyage vers l’Allemagne
Ils passèrent la nuit à Dort. Le lendemain, un bateau public les conduisit par un canal à Rotterdam. Les Morisot restèrent sur le bateau à cause de la fumée des pipes que les Hollandais font dans le bateau. Ils n'eurent pas à se repentir de ce choix car leurs yeux furent agréablement entretenus par le beauté des campagnes qu'on voit le long du canal et par la magnificence des jardins. A Rotterdam, les ballots furent déposés à la douane. La famille monta dans un bateau public pour Delft où la mère et les 2 filles restèrent. Monsieur Morisot et son fils allèrent à Amsterdam pour négocier les papiers pris à Londres sur Amsterdam contre des lettres de change sur Francfort. Madame Morisot alla loger chez un aubergiste en face de l'église française. La mère et les filles se rendirent chez Mr Bouchon, à 20 maisons de l'auberge. Elles furent bien reçues, il les invita à dîner. La mère dit qu'elle était venue l'embrasser et pour le prier de l'accompagner chez quelques amis où elle avait à faire.
Mr Bouchon dit "nous en parlerons à table car je ne vous laisserai pas aller. Je palleron patoi jeun volaigram enelle mas vo mascuseraye je naye ma foi quon as() cas lo luminar de mon bof es le dob parbleuf jam ban pallai massain".
Elles restèrent et effectivement il n'y avait qu'un gros quart de boeuf rempli de moelle bouillie avec une soupe et pour dessert des raisins de st Jean avec un tas de sucre ra(sé). Il dit qu'il s'occupait de prêter sur gages et montra 3 chambres remplies comme un lombard. La mère lui demanda de l'accompagner chez ses anciennes connaissances car elle voulait s'informer d'un frère de son mari qu'on leur avait dit être en Hollande. En passant, ils laissèrent les enfants à l'auberge; ils préférèrent rester dehors à jouer autour de l'église jusque vers la brume. Susanne Morisot prit peur en ne voyant pas sa mère revenir. Sa soeur s'assit sur un banc.
Celle-ci dit "la maman ne revient pas, si elle nous avait abandonnées, comme dans la fable".
Sa sœur répondit "oui, mais à l'exception qu'elle ne nous a pas emmenées au bois comme ce vilain homme qui y a laissé ses 2 enfants sous prétexte qu'il voulait leur aller chercher des cerises. Mais ce qui me le fait croire c'est que mon cher père et mon frère sont en allés, il est vrai qu'ils ont dit qu'ils allaient à Amsterdam mais ils peuvent bien sur en allés plus loin. N'est ce pas la maman nous a dit qu'elle reviendrait dans une demi heure et voici la nuit et elle n'est pas encore la, elle ira sûrement les suivre et nous abandonnera. Encore si elle nous avait laissées à Londres, mon oncle voulait me garder."
La soeur répliqua "et moi, je serais bien malheureuse"
Susanne Morisot " ho non, elle ne t'aurait sûrement pas abandonnée car tu sais bien qu'elle t'aime plus que moi". Elles se mirent à pleurer. Elles
La sœur dit "le vilain Mr Bouchon qui a emmené ma chère mère".
Elles n'avaient pas vu que la fenêtre était ouverte devant laquelle elles étaient assises et qu'il y avait une dame qui les avait entendues parler et dont le nom avait été cité par la soeur. Elle ferma la fenêtre. Les soeurs s'enfuirent épouvantées vers l'église.
La fenêtre s'ouvrit et la dame dit "venez, venez, petites françaises".
La porte s'ouvrit, une servante les prit par la main et les fit entrer dans une belle chambre meublée. Il y avait un grand fauteuil où était assis un vieillard.
La dame dit "venez mes enfants, si votre maman s'est en allée avec Mr Bouchon, je vous prendrai pour mes enfants ". Elle les mena au vieillard et demanda leur nom.
Susanne Morisot dit "je m'appelle Morisot et nous sommes de Metz et nous venons de Londres, mon cher père s'est en allé avec mon frère à Amsterdam"
Sa sœur ajouta :"et le vilain Bouchon est en allé avec ma chère mère, à cette heure nous sommes perdues".
La dame les montra à son frère qui était sourd. Elle lui cria à l'oreille que c'était les 2 filles de Mr Morisot de Metz.
"Donnez moi mes lunettes que je les voie ". Il les examina de haut en bas. "où est donc votre mère ? "
Susanne Morisot répondit "Mr Bouchon l'a emmenée"
Le vieillard dit "qu'est ce qu'elle dit ma soeur ? mon frère l'a emmenée ?"
Mlle Bouchon ajouta "c'est de notre frère qu'elle dit que c'est notre frère qui a emmené sa mère"
Il branla la tête "hum, hum ! fais leur donner à manger ".
La servante leur fit des soupes dorées puis des jouets.
Vers 8 h du soir elles entendirent leur mère crier "lolotte ! Nanette ! mes enfants, venez, où êtes vous?"
La mère entra et les filles se jetèrent sur elle l'embrasser. La servante invita la mère à souper avec Mlle Bouchon. La mère dit au Sr Bouchon "n'est ce pas Mlle et Mr votre frère qui me vont inviter à souper"
Il répondit "oui, c'est les mêmes, mon frère et ma soeur"
Madame Morisot dit "hé bien venez, nous irons ensemble "
Il refusa car ils étaient brouillés depuis 15 ans.
Madame Morisot dit "et aujourdhui vous vous réconcilierez pour l'amour de moi. Comment ! des frères et soeurs brouillés depuis 15 ans ? ah que cela me chagrine. Faites moi ce plaisir, venez, je vous raccommoderez".
Elle l'entraina bon gré mal gré, il fut reçu à bras ouvert; ils restèrent très tard à table où ils eurent tant à parler. Mlle Bouchon les invita pour le lendemain. Madame Morisot dit qu'elle n'avait pas depuis longtemps passé une si agréable soirée. Elle dit qu'elle avait demandé à l'aubergiste pourquoi il n'avait pas fait rentrer les filles à la nuit. Il avait répondu grossièrement qu'il n'était pas leur gardien, qu'elles avaient couru toute l'après midi à la rue et que leurs souliers étaient si crottés qu'elles lui auraient gâté sa chambre. Le lendemain Mr Bouchon le cadet et les Morisot revinrent dîner chez Mlle Bouchon où ils passèrent le reste de la journée.
Ces frères et soeurs Bouchon sont ceux que Messieurs Hauchard d'ici (de Hanau) ont hérité. Monsieur Morisot et son fils revinrent le lendemain d’Amsterdam. Il avait appris le décès de son frère marié sans enfants. Il avait été capitaine de vaisseau. Il n'avait pas eu de nouvelle de son autre frère. L'un s'appelait Elie,l 'autre Louis. Madame Morisot ordonna à ses filles de rester à l'auberge défense de sortir. Le père, la mère et le fils allèrent prendre congé des Bouchon. Ils partirent avant midi de Delft et arrivèrent à Rotterdam où ils passèrent la nuit chez un traiteur français. Le lendemain matin ils transportèrent leurs ballots dans un grand bateau public et allèrent jusqu'à Nimègue. Le traiteur leur donna du pain blanc et quelques provisions, leur disant qu'ils ne trouveraient pas de pain blanc entre Rotterdam et Nimègue , qu'il faudrait manger du pomperniquel. Ils remontèrent le Rhin mais ils allaient lentement car les eaux étaient basses. Ils restèrent en chemin sur la gravier . Les passagers durent descendre. Ils étaient devant un village. La mère voulut aller acheter du pain blanc, demanda à un boulanger qui répondit qu'on ne mangeait pas de pain blanc dans son village et lui montra du pomperniquel.
La mère dit "quel pain en comparaison du pain anglais, il est bon pour des chevaux"
Le boulanger dit "et qui vous a dit de venir ici ? pourquoi n'êtes vous pas restés en Angleterre ? je me soucie bien de vous vendre du pain, allez vous promener , vous n'aurez pas de mon pain". Il referma sa fenêtre.
Madame Morisot était très en colère contre ce grossier hollandais.
Ils arrivèrent en vue de Nimègue. La mère donna son dernier demi pain blanc à un pauvre garçon de métier qui avait eu la fièvre la nuit précédente. Ils restèrent 6 h ainsi plantés sur un banc de sable. Ils arrivèrent enfin à 3 h de l'après midi. Ils cherchèrent une auberge pour dîner mais chaque fois on les renvoya car « le balai avait été passé après le dîner et les enfants gâteraient les chambres ». Finalement ils mangèrent dans une gargote où ils furent assez mal traités. Ils firent accord avec des rouliers pour mener leurs marchandises à Cologne. Ils partirent le même jour. Le lendemain à dîner, ils arrivèrent dans un petit village où il n'y avait qu'une auberge. On leur dit qu'il y avait dîner (des noces ?) et qu'on ne pouvait pas leur donner. Madame Morisot retint son mari d'utiliser sa canne contre le cabaretier. Il dit "n'avons nous pas bien du guignon d'arriver à une heure de dîner à un petit mauvais village où nous serons obligés de jeûner ?" Madame Morisot regarda par dessus la demi porte et vit du feu et des pots qu'elle découvrit. A la fin, elle vit des fèves et à coté, du cochon salé. La paysanne survint étonnée. Madame Morisot "Bonne femme ,combien coûte votre pot de fèves et votre viande salée"
La paysanne "c'est pour deux dîners et mes gens viendront bientôt des champs, ils ont aussi faim que vous et veulent diner aussi bien que vous"
Madame Morisot répondit "eh bien, vendez moi en la moitié et cuisez leur demain frais".
La paysanne demanda pour la moitié de son dîner environ 6 batz et leur permit de venir dîner chez elle. Madame Morisot alla chercher les autres. Monsieur Morisot fit venir à boire du